L’exigence du pair sur les chemins des Communs — part 2

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Du protocole Casper à Paul Klee.
À la muse aux yeux de feux qui m’inspire jusqu’aux lecteurs curieux surfant par hasard, passant par les amis et la famille qui s’interrogent sur mes pérégrinations, j’essaie de faire part en écrits, avec fréquente maladresse de style, des questionnements et des progressions sur l’émergence d’un nouveau paradigme de société auquel nous sommes légion à contribuer.

Rendez-vous à Paris par Enki Bilal — Photo credit: bluelephant CC BY-NC-SA

Dans la partie 1 sur le sujet du pair à pair, au style un peu ampoulé m’a t’on dit à juste critique, j’ai tenté de donner à lire et aborder une entrée dans les limbes d’un changement radical qui commence par notre individualité.

A la faveur d’un rythme naturel, je vais tenter ici de passer d’une Mesure individualisée des strates (chère à Paul Klee), évoquée dans le précédent article, à une considération plus tangible autour d’une cause commune, un nouveau monde et de ses effets ordinaires. 

Agrémentant cet article de ressources utiles en fin de page

«Une révolution est en marche : celle des connecteurs. Ils ont grandi et vivent dans un univers technologique entièrement nouveau et forment un gigantesque réseau planétaire. Sans bruit, sans manifester, sansrevendiquer, ils sont en train de bouleverser notre conception du monde.Ils comprennent que notre société reposait sur des fondements inadéquats. Pourquoi une autorité centralisée alors que le réseau démontre tous les jours qu’il s’auto-organise?» (Peuple de connecteurs, Wiki peer2peer Foundation, voir également Thierry Crouzet).

Ils cultivent et jardinent les Communs, un nouveauparadigme socio-économique. C’est un système social pour la coproduction et la co-gouvernance. Ils s’organisent en pair à pair. Le Social peer-to-peer process c’est une forme décentralisée de travail collaboratif . Les collaborateurs ne sont pas soumis à une autorité hiérarchique et chacun est libre de contribuer. Ils sont unis par un projet commun ou un bien commun, ressources partagées et entretenues par les membres d’une même communauté

Ainsi deux questions se répètent :

  1. Quels sont alors les frictions quotidiennes vécues et observées dans les interstices entre le modèle ancien et ce modèle pair à pair ?
  2. À quoi ressemblent les chemins vers des biens partagés et entretenus par les membres d’une même communauté ?

Ce sont ces deux questions que j’explore à travers ces textes, ce sont ces deux points d’interrogations dans lesquels je voudrais vous impliquer.

Bords et contexte

Depuis 10 ans que l’on me pose et ressasse la question du pourquoi fais-tu ce tu fais, je n’ai pas varié d’un iota sur le fond de la réponse. Un préambule commençant toujours par :

« Ce qui me fait le plus mal et peur, faire naître de l’espoir dans les yeux des personnes puis transformer cet espoir en larmes par absence de Faire. Rien de plus égocentré que de parler uniquement que pourpromettre. Capter l’attention pour marchandiser l’intention.Je pleure d’observer encore trop fréquemment la toxicité et la violence sociale masquée dans l’annonce d’un solutionnisme pour élancer un espoir collectif sur un pitch “de vraies valeurs d’engagement”. Puis passer à un simulacre d’action. Sans culture, sans éthique ni vision à long terme, sans humilité sur notre propre condition ni autocritique et déconstruction, c’est ruine de l’âme et un matricide du progrès social.»

Ne laissez pas vos espoirs et vos besoins se faire empoissonner par une illusion. N’achetez pas d’injonctions morales et d’obligations du mieux.

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Mais c'est quoi cette boite de Pandore ?

La révolution numérique n’a pas changé ce vice de l’humanité, elle en amplifie l’écho et les résidus polluants. Mais heureusement, dans une mesure encore plus grande, cette même révolution nous offre plus des possibilités et des nouveaux champs exploratoires pour faire grandir un nouveau paradigme. A condition de l’exigence d’atteindre une qualité élevée de sa propre condition et de ses propres compétences afin de tendre vers une équipotentialité saine qui permettra le pair à pair..

Pendant 40 jours de la rentrée 2016, j’ai marché et couru dans les itinérances physiques et numériques, dans les collaborations entre différentes tribus.
Cultures makers, écologistes, bibliothèques, Do It Yoursel Biology, développeurs et les internets… Entre Rennes, Nantes, Paris, Auray,Tregunc (en Finistère) ou encore Rostrenen (en centre Bretagne), voici des phénomènes ordinaires du quotidien au milieu des échanges humains dont je tiens à partager les interrogations.

Être Capser dans un monde de bruits

Dans la précédente partie du récit, je m’étais arrêté du coté de Trégunc dans un festival de musique, un petit coin de Finistère. Tables rondes sur le deep et dark web pour l’ami Maxime Lathuilière et sur le Biomimétisme avec Jean-Pierre Nicolas (anthropologue, ethnobotaniste et ethnopharmacologue), Chloé Lequette (design au sein d’Enzyme\&Co) et moi.

Promenade botanique à travers les continents et l’histoire dans le jardin avec Jean Pierre Nicolas. ©Michèle Turbin

Les échanges avec le public présent étaient riches de leur honnêteté et de leur dénuement d’artifice.
Sans jamais prédisposer d’une posture de domination sur notre audience, nous n’avons pas mis en exergue nos personnages face aux enjeux traités.
Chacun était libre de contribuer. Ce manifestait là de nouvelles manières d’apprendre et de partager des savoirs, d’enseigner, une “écologie cognitive”.

Nous avons parcouru un large spectre de l’innovation par la voie de la nature. De la philosophie aux prototypes technologiques concrets en passant par l’éthique, la nourriture et les soins par les molécules des plantes, les objet d’interrogation, dont voici un rapide aperçu.

La question «profonde» de ce que la nature est en définitive que traite Freya Mathews
Il y avait également les trois principes de base de biomimétisme, tels que définis par Janine Benyus.

Les principes d’hybridation des univers culturels et des pratiquespar l’exemple Otto Herbert Schmitt**. Il a inventé le terme biomimétisme pour décrire un mode d’exploration du Vivant en tant que source de solutions efficientes et moins coûteuses à de nombreux problèmes.

Oui nous avions évoqué tout cela avec nos propres mots, nos exemples de productions et nos considérations en diversitéde point de vue. Nous avions installé un “nous” limpide qui ne subordonnait pas le “je”. Nous avions un rapport de confiance assez élevé avec le personnes présentes pour que chacun puisse considérer l’autre comme un pair et ne plus être contraint à des rapports hiérarchiques fondés sur une base toxique.

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Nature as a Model

Le plus marrant dans cette histoire réside dans le fait que le plus part des personnes présentes n’ont pas retenu nos noms “d’intervenants”. Je trouve cela intéressant et d’un certain coté assez sain. Là ou l’élégie d’un monde capitaliste qui se refuse à mourir produit tant de bruit qu’il en devient parfois insupportable à écouter, le paisible dialogue entre pairs se répand comme un pollen harmonique.

L’ acte de transmission a bien plus de valeur que la cacophonie des promesses. La fonction de passeur consiste à rendre visible une réalité autre que la réalité matériel que le passeur lui-même n’a pas pour rôle d’imiter ou de limiter.
La connaissance se construit ainsi dans plusieurs exercices : par l’expérience, par le partage des savoir-faire, par la discussion, par l’esprit critique sur l’information.

« Le dialogue avec la nature reste pour l’artiste une condition sine qua non. L’artiste est Homme ; il est lui-même nature, morceau de la nature dans l’aire de la nature.» Paul Klee

Ce passage en Finistère ma rappelé les efforts fournis en continue depuis plus d’un an avec d’autres pairs (personnes ou organisations) pour polliniser, connecter, transmettre… Dans une volonté d’ouvrir des voies de collaborations autonomes entre des communautés et des territoires en Bretagne (par le Lab Tour) et en France (par le Labose ou Réseaux de labs de Biomimétisme).

Des flux de communications et d’échanges que nous avons toujours voulu fonctionnant sans que en soyons le nœud de régulation. Un travail sans bruit dans lequel il me plaît de Faire puis d’observer les œuvres pousser. Un nouveau paradigme pair à pair au sein duquel les primo-acteurs sont un peu de gentils fantômes.

« Une ligne est un point qui a fait une promenade » Paul Klee

Je quittais Trégunc et la côte Finistérienne le 25 septembre dernier pour poser mon sac en plein de cœur de Bretagne entre Rostrenen et le lac du Korong. Lourd baluchon qui me sert de maison vissée sur le dos il est aussi la métaphore des interrogations accumulées qu’il est bon de poser pour prendre le temps de les arranger.

A quoi ressemblent les chemins des Communs ? Ces biens partagés et entretenus par les membres d’une même communauté de pratiques.

Transformer une friche en Tiers-Lieux — Photo Xavier Coadic / CC BY SA

Là dans ce petit coin du centre Bretagne, où peu de temps auparavant cette nouvelle halte, j’avais proposé à des porteurs d’un projet de FabLab (Laboratoire citoyen de fabrication par les outils numériques) de travailler en équipotentialité avec un projet d’éco-village(s) en réseau en Bretagne.

Esprit FabLab, pour les locaux de l’étape, et Eutopies, de mon amie architecte Michèle Turbin, devaient ainsi amorcer la mise en multitude commune de leurs ressources intellectuelles, matérielles et immatérielles. Ceci à l’occasion d’une première séance que j’avais amorcée et facilitée.

Pourquoi faire cela ?

Les ingrédients d’une recette qui me semble l’une des plus judicieuses pour des projets voulant être innovants avec des impacts sociaux et environnementaux positifs.

Avec cette approche initiée entre ces deux projets, j’ai souhaité mettre en mouvement des éléments se collisionnant à très haute vitesse créant des étincelles éphémères et de puissants rais de lumière ; la connaissance liquide jouant les comburants et les expériences de la multitude se muant en carburant. Pour adapter les projets au changement de société. Agir tel un point qui se déplace pour tracer des traits.

Le monde capitaliste centralisé, celui qui hurle de ne pas mourir, laisse place aujourd’hui à un monde décentralisé.

« Aujourd’hui est fait de la transition d’hier à maintenant.Dans la grande fosse des formes, gisent les ruines auxquelles on tient encore, en partie. Elles fournissent matière à l’abstraction. » Paul Klee

Des légions de personnes couvrant tous les profils sociaux s’activent dans un protocole silencieux de transition et de construction pour atteindre un paradigme distribué accéléré par des révolutions numériques. En contribuant, par exemple, à Wikipédia vous alimentez un bien commun quelle que soit votre motivation ou en partageant des biens matériels via des plateformes ou bien encore en captant des données permettant de comprendre et surveiller les changement dans l’environnement, vous créez et alimentez des biens communs.

« Les biens communs correspondent en économie à l’ensemble des ressources, matérielles ou non, qui sont rivales et non-exclusives.Traiter un bien commun comme un bien privé conduit à sa destruction » comme l’a souligné Garrett Hardin. Dès lors se pose la question de sa régulation. Wikipédia Bien communs

Types de communs et leurs enjeux — Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. // Les biens communs (ou “communs”) sont des ressources gérées collectivement par une communauté selon une forme de gouvernance définie par elle-même. Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license

Ces différents chemins pour marcher dans les Communs peuvent ressembler à une société apaisée dans laquelle des salariés, des entrepreneurs, des étudiants, des start-upers, des universitaires, se croisent ou se retrouvent pour collaborer librement en entretenant des ressources communes tout en progressant sur leurs propres carrières et intérêts personnels. Comme ici à Kerbors.

Ambiance de L'indieCamp Kerbors

Ces voies des exigences pair à pair sur les nombreux chemins des communs peuvent prendre forme dans les bibliothèques et médiathèques, ces lieux ordinaires de le vie sociale et du partage des savoirs. Des individus, des associations, des fondations de soutien, des start-ups, des médiateurs culturels, des menuisiers, des enfants peuvent s’épanouir dans leurs besoins et leurs pratiques tout en contribuant aux biens et communs et améliorant leurs conditions professionnelles.

Comme ici à Pontivy à L’espaceKénéré travaillant sur un robot sous-marin open source pour des sciences marines participatives.

Médiathèque Kénéré - Photo Xavier COADIC — Licence CC BY SA

Les Communs Territoriaux sont aussi un chemin à arpenter. Dans le cadre du tour de France #LabOSe (Laboratoire Open Source d’expériences libres et distribuées), une matinée en appui de La Myne ecoHacklab pourleur atelier “Dynamique de communauté et production de savoir” à l’IEP de Lyon.

“Seuls les esprits superficiels abordent une idée avec délicatesse.” Emil Michel Cioran (with…Étape 2, à Lyon, d’un tour de France un peu fou dans les fablabs, tiers-lieux et communautés collaboratives open source storify.com

Le travail de Klee, ces œuvres, disent moins l’approche du visible que la découverte de sa structure profonde d’après Alain Bonfand. Je crois assez instinctivement que c’est dans la découverte et la compréhension des structures profondes que nous pouvons trouver des moyens de faciliter le développement des systèmes sociaux pair à pair et ainsi faire émerger un nouveau paradigme autour des Communs.

« Nous construisons et construisons sans cesse, mais l’intuition continue d’être une bonne chose » Paul Klee

Finalement dans ce nomadisme physique et intellectuel, je remonte petit à petit les couches depuis le noyau l’exigence du pair sur les chemins des Communs. Espérant chaque fois progresser dans sa narration pour donner toujours à s’interroger, travailler la matière et accoster des réponses en intelligence collective.

A la faveur d’un rythme naturel, j’ai tenté de passer d’une Mesure individualisée des strates à une considération plus tangible autour d’un nouveau monde et de ses effets ordinaires. Mais si vous avez suivi l’histoire, je n’en suis pas encore à l’étape Parisienne ni à Rennes dans ces itérations. Depuis les limbes du précédent article, passé ici par des couches intermédiaires, je dois pouvoir écrire encore quelques lignes sur un partage de vécu afin d’explorer les surfaces de changement de société.

« Tu me dis j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends. » Benjamin Franklin

Alors à la muse aux yeux de feux je dessinerai des arbres énigmatiques aux racines constructives et aux rameaux intuitifs, tentant “une combinaison la plus valable de l’élément musical et de l’élément pictural”, pour qu’elle daigne apposer sur moi son aura mystérieuse et m’inspirer les notes d’une troisième partie à cette histoire sur le chemin des communs.

Source : ZachScott — Ancient Sound

NDLR Cet artilce est exorté depuis medium et converti en quelques secondes au format markdown avec pandoc

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Ressources supplémentaires

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Xavier Coadic

Xavier Coadic

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