La connaissance liquide et les passeurs de savoirs

La connaissance liquide et les passeurs de savoirs

- 11 mins

Depuis le 2 mars 2016, j’explore, je pratique, je tente d’être un passeur de savoirs et d’expérimentations dans un tour de France nommé #LabOSe , Laboratoire Open Source d’expériences libres et distribuées. En me mettant totalement gratuitement et civiquement aux services d’innovations qui font sens. Après les étapes Auray et Lyon, voici mes transpirations d’une semaine Nantaise en pairmutation.

photographed by [Ryan McGuire](http://www.laughandpee.com/) and free of [copyright restrictions.](http://www.gratisography.com/terms.html)

L’eau, bien commun de l’humanité, berceau nourricier de la vie sous toutes ces formes. Eau, je voudrais te comparer aux savoirs circulants, à la connaissance liquide de notre 3ème millénaire. 
Puits, inventions manuelles ou mécaniques provenant du Néolithique, vous êtes les ancêtres de nos technologies post modernes satisfaisants à la remontée au niveau du sol de ce bien commun de l’humanité. 
Construction, mécanisme, ingéniosité, utilisateurs qui permettent de puiser dans une ressource renouvelable les gorgées de l’avenir sans enfermer ce berceau, sans entraver sa circulation car vous avez besoin de cette liberté de l’eau et de sa qualité.
Si l’eau nous est si précieuse c’est pour les oligoéléments qu’elle contient et sa capacité à permettre la vie là où elle est. Si le puits est innovant c’est qu’il nous donne accès à ces oligoéléments en ne dénaturant pas l’eau et en respectant son flux naturel.
Si les savoirs nous sont vitaux c’est pour les nutriments qu’ils contiennent, c’est par les Communs qu’ils nourrissent. 
Si le puits des savoirs est innovant c’est que sa technologie prend soin de la ressource, c’est que son architecture ne dénature pas le milieu, que ses usages n ‘entravent pas la libre circulation.

Souvenir de la pointe St Mathieu, Finistère. Image par Xavier Coadic, [licence CC-BY-SA](http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/) 4.0

Multibao pourrait être ce puits remontant au niveau de nos sols ces Communs que sont les savoirs. Les utilisateurs pourraient être les énergies métaboliques qui alimentent ces mécanismes, les contributeurs seraient les puisatiers, les sourciers seraient les développeurs de ce Multibao.org
Dans l’immensité de cet éther des savoirs, alimenté de nos expériences humaines depuis le néolithique, les petits affluents apportent les nutriments, les nouveaux oligoéléments porteurs d’espoirs. Ils drainent ces nouvelles particules qui portent un nouvel, qui pratiquent le changement dans cette ressource océanique.

Recharge des batteries humaines sur les bords de l’Erdre- image par Xavier Coadic, [licence CC-BY-SA](http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/) 4.0

En collocation de travail avec Stéphane Langlois et Thomas Wolff nous avons mis du cœur à l’ouvrage sur ce projet et de la sueur sur les claviers.
Entre sprint technologique, pointe de tests utilisateurs, embarquement sur la documentation, gréement de ressources , séances de respiration et discussions dans le Dehors, cette semaine à explorer les Communs fut une preuve que les laboratoires d’expériences bienveillantes sont une force vive d’un monde en mutation.

Partager, passer, interagir, écrire, jardiner, polliniser et recommencer…

Comme chaque dimanche de ce Tour #LabOSe, c’est possibilité offerte d’être dans le bain de ces expérimentations libres et distribuées, d’être en discussion avec les personnes inconnues en qui j’ai placé mon avenir et ma sécurité par une collecte civique de fonds.

Détournement des usages, technologie utile et langages informatiques

La question des Communs ressurgit aujourd’hui depuis les tréfonds des logiciels libres et sur la déferlante de l’informatique dans notre quotidien.
- Thomas Bernardi, PING à Nantes, groupe C Libre (Octobre 2015 lors du Bretagne Lab Tour)

Mutlibao est une plateforme décentralisée reposant sur une technologie open source (https://github.com/multibao/site). Soufflant les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de travaux dérivés. 
Mis à la disposition du public, ce code source est le résultat d’une collaboration entre programmeurs.

Jardin d’oxygénation sur le bords de l’Erdre à Nantes -Image par Xavier Coadic, [licence CC-BY-SA](http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/) 4.0

Très vite dans ce début de semaine, la phrase fatidique tombe:
 Détournons la plateforme Github.com , écriture collaborative de codes informatiques, pour un usage d’écriture rédactionnelle pour permettre le dépôt et le partage de ressources autour des pratiques collaboratives.

Multibao est organisée comme un archipel, c’est à dire sans structure hiérarchique verticale ou pyramidale. C’est un modèle pair à pair horizontal où chaque contributeur (individu ou organisation) place dans les Communs ses ressources pédagogiques et méthodologiques.
Il nous tient également, dans le cap fixé sur cette semaine, de préparer la nouvelle version technologique de la plateforme, Stéphane Langlois en est un artisan passionné et passionnant (Exemple sur la nouvelle version http://dev.multibao.org/#multibao/contributions/tree/master/contributions ).
Un troisième canal de travail nous mène à jardiner et alimenter MultiBàO en ressources.

Séance de travail avec Thomas et Stéphane, Nantes — Image par Xavier Coadic, [licence CC-BY-SA](http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/) 4.0

Quelques autres travaux sur les dossiers de financement ou un guide utilisateur ou encore le langage markdow font couler quelques savoureux moments de collaborations à nul autre pareils. 
Vous avez votre disposition la documentation de ces journées et productions dans les ressources en fin d’article.

Le vendredi 1er avril nous sommes appuyés par Louise Berrote, étudiante Master 1 Info com à l’université de Nantes. Je me suis essayé à l’exercice de l’interview radio pour vous en rendre un air de printemps.

#Labose Interview De Louise À Nantes- stagiaire sur Multibao.Org
Laboratoire Open Source d’expériences libres et distribuées #LabOSe Documenter une expérience pas ordinaire et les diff…*www.mixcloud.com

Le samedi matin fut tout aussi focus sur nos objectifs et travaux en cours jusqu’à une singularité dans l’espace-temps.

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade » — Krishnamurti

Un échange avec Stéphane Langlois qui commence par un temps de transmission de sa part sur la transformation de la société depuis 1934 à aujourd’hui faisant suite à mon article Le logiciel dévore le monde.
Exploration dans la zone du Dehors passant la disruption, la mutation des tâches répétitives aux taches créatives grâce à la révolution numérique. Une leçon, ou plutôt une master class, sur l’agilisme puis un temps fort sur W. Edwards Deming, consultant américain considéré comme un héro national au Japon.

J’aurais beaucoup de difficultés à vous retranscrire l’intensité, la qualité et les intrications de ce moment singulier. Je ne peux qu’exprimer mon plaisir et vous partager quelques ressources qui je l’espère vous inspireront.

La pairmutation du travail, Le monde du travail est en train de passer du CP à la maternelle.

A savourer également l’une des conférence de Stéphane.

Nous travaillons dans une atmosphère de bien être, de bien faire ensemble et bien vivre ensemble… Moments trop rares dans la routine des vies incubées et accélérées. 
Nous bossons dur et nous respirons à plein poumons dans un même espace-temps.

Samedi après midi

Samedi en fin d’après midi et soirée
Moment toujours dans la singularité, une garden party toute en décontraction et ambiance roots sur le bord de l’Edre au milieu du jardin de notre lieu de travail.

Dimanche était aussi un jour de travail sur les fiches et l’expérience utilisateur de multibao.org :

Il était temps de proposer un moment d’échanges, de question et de réponses à toute personne intéressée par ce Tour. C’est par twitter que nous lançons la discussion.
Petit résumé de cette semaine de travail et d’échanges en tweets:

#LabOSe à Nantes, 3ème étape du Tour de France dans les Communs (with images, tweets) …
Pour comprendre #LabOSe : Le jour où j’ai tout …storify.com

En attendant Brest

Lundi 4 Avril je reprends la route pour une nouvelle semaine en appui sur des projets qui changent le France. Du coté de la Maison du Libre, rue Jean Jaurès, avec un FabLab et des projets autour des sciences marines participatives notamment.

Avant d’attaquer la suite, je dois vous confier mes ressentis après 4 semaines d’expérimentations. 
En suivant les conseils croisés de Flora Clodic-Tanguy et Marianne Souliez, je dois assumer et avouer que je prends un grand plaisir à faire ce que fais. Agir concrètement, partager, explorer, transmettre, aider, collaborer, être non répétitif, être transdisciplinaire voir antidisciplinaire… tout cela est tout à fait épanouissant lorsque je le mets aux services des Communs et dans des développements qui font sens. Je vous conseille de prendre autant de plaisir un jour dans votre vie, je vous conseille même d’en faire un mode de vie.

Par contre, je fais cohabitation avec ce sentiment schizophrénique d’apprendre toujours plus que ce qu’il me semble transmettre. Cela me rend mal à l’aise lors de moment d’introspection. Je retrouve l’équilibre dans l’observation des pousses prometteuses provenant des jardins d’innovation que nous avons cultivés à plusieurs.

Puis il y a cette épée de Damoclès sur ma tête: le financement civique d’une démarche expérimentale. Chaque jour qui passe je m’angoisse toujours plus de ne pas trouver comment démocratiser ce que nous faisons collaborativement. Je crains de ne pas avoir les forces de mobiliser 45 autres citoyens contributeurs à la collecte de fonds par don sur le pot commun. Je m’interroge sur la manière dont est compris ce tour et ces étapes.
Je ne trouve pas les mots (il me semble déjà avoir les actes) pour convaincre de nouveaux réseaux qui pour l’instant ignorent cette démarche.
Quelles énergies il me reste après ces intenses journées et longues semaines pour convaincre des “influenceurs” ou des animateurs de réseaux d’engager des soutiens? De moins en moins d’énergies disponible…

La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines.
(Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry, 1939 )

Je file dès à présent au bout du monde… Brest, pour de nouvelles émotions.

Xavier

Ressources

[#LabOSe] Laboratoire Open Source d’expériences libres et distribuées
Ce document, en écriture libre pour chaque visiteur, vise à raconter et documenter une expérience pas ordinaire et les…

Le jour où j’ai tout …
J’ai 34 ans, pas d’enfant, pas d’histoire amoureuse, pas de patron et pourtant j’ai le sentiment de posséder bien trop…

La bienveillance nourrit ce monde. Heureux qui comme les bienveillants…
Je suis parti il y a maintenant 13 jours dans un grand trip peu ordinaire mais profondément ancré dans les Communs.

Le logiciel dévore le monde, marchons dans le Dehors
Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines …

En 1998, Zygmunt Bauman lance sa métaphore de la « société liquide »,concept pour lequel il opte afin de remplacer celui de postmodernité. La « société liquide » s’oppose à la « société solide » où les structures de l’organisation commune seraient créées collectivement. Dans la « société liquide », l’unique référence est l’individu intégré par son acte de consommation. Statut social, identité ou réussite ne sont définis qu’en termes de choix individuel et peuvent varier, fluctuer rapidement au gré des exigences de flexibilité. Il définit les relations sociales comme de plus en plus impalpables dans la société actuelle. Il prend l’exemple de l’amour ou du sentiment comme témoin de cet impalpabilité de relations fondées « jusqu’à nouvel ordre » : la société est liquide, parce que les liens permanents entre homme et femme sont devenus impossibles. 
(texte extrait de wikipedia et la suite:ici)

Zygmunt Bauman, né à Poznań en Pologne le 19 novembre 1925, est un sociologue possédant la double nationalité britannique et polonaise . Il est professeur émérite à l’Université de Leeds.

Il est un des principaux représentants de l’École postmoderne.

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Xavier Coadic

Xavier Coadic

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