Couper un arbre à la craie… Deep insight

Couper un arbre à la craie… Deep insight

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Il y a des singularités de la vie qui vous bousculent les neurones et vous chatouillent les philosophies. Là, au cœur de ces instants…

Il y a des singularités de la vie qui vous bousculent les neurones et vous chatouillent les philosophies. Là, au cœur de ces instants non ordinaires, s’insuffle et s’infuse la connaissance. Le popotin posé dans le carré d’une péniche parisienne, je me suis trouvé verni de personnes capables de se collisionner pour donner naissance à ces singularités.

Alchimie des parcours de vie de chacun, énergie des frottements de tous, trainées de poussières d’étoiles de nos expériences, accélération dans un espace temps suspendu… Et Boom ! Big Bang ! Tu imagines couper un arbre avec une craie.

Sylvain Pujolle est un extra-terrestre qui voyage entre Concarneau et la glace des pôles allant jusqu’à se risquer à des plongées sous l’épaisse blanche barrière. Cet homme, qui a vécu de longues expéditions Under The Pole, me fascine. Il est possible de construire de toutes pièces avec lui un ROV polaire sous-marin (remotely operated vehicle ou « véhicule téléguidé »), de programmer le logiciel de la machine tout en réparant les moteurs du bateau sur lequel navigue les aventuriers. Ce plongeur mécanicien “bricodeur” a souvent le mot juste du taiseux et les visions éclairées par ces profondes observations de la vie qu’ont dans le regard les explorateurs de l’extrême. 

Accoudés à la table improvisée bar du carré de la péniche parisienne, nous rions des anecdotes de ce monde en compagnie d’une partie de l’équipe de Nomade des mers et du lowtech lab. Flottants sur l’eau, amarrés à quai, c’est encore une congruence d’environnement qui nous rapproche, l’eau, élément de vie ultime, d’un fleuve qui rejoint la mer.

Je parle de Kayak en biomatériaux avec des questions de coûts et de techniques en production, Sylvain pousse dans les airs de la fin de journée une remarque toute en velours: “ Comment tu fais une embarcation en bois dans un espace où aucun arbre ne pousse ? ”. Effectivement la banquise ne t’apporte que du bois flotté qui est drossé sur la côte par l’action du vent, des courants ou des marée. Le rebond d’idées fuse depuis la jeune équipe des Nomades des mers: “Ok pour le bois flotté, mais sur une ile du golfe du Bengale comment tu tailles un arbre alors que tu n’as aucune matière dure ?

L’ingénieux explorateur des glaces s’amuse d’une courte ironie: “ Il y a bien du corail mais le corail c’est du calcaire. Essaies donc de couper un arbre avec de la craie.
Sourires complices et rasades de vins n’empêchent pas les cerveaux de chacun de phosphorer pour résoudre ce défi. Nous savourons ensemble un temps qui ne s’exprime que dans la singularité provoquée par la congruence des éléments. Nous refaisons le monde.

Ponton de la péniche quelques instants avant le début de la singularité — image par Xavier Coadic, licence CC-BY-SA 4.0

Allégorie de l’arbre à coupe à la craie

Discuter le bout de gras entre explorateurs, ingénieux, partageurs, est amplement agréable ; il est tout autant amusant de ne pas se limiter à la petite phrase qui illustre ces moments.
Si je reviens me replonger dans ce très bref instant où dans les yeux de chacun je vois les réflexions se nourrir du défi de la craie, je peux aisément me risquer dans une glissade sur l’innovation induite par des paramètres simples mais pourtant si peu compris par la plupart des structures que je rencontre. Je glisse et j’accepte le risque de chute en écrivant les transpirations de cette allégorie.

L’ arbre, organisme vivant lentement poussé depuis la graine, est un matériau noble aux yeux des humains depuis la nuit des temps. Il a été, est encore parfois, un objet d’admiration et même de mystification. Diversité des espèces, des essences, des fruits, l’arbre est source de vie, de construction, de nourriture. Il est une cellule qui compose les poumons de planète. Organisme complexe, structure d’ingénierie de pointe ou expression de la puissance artistique de la nature, il nous inspire, il nous sert. Construction d’habitat, de navire, de pont ; potager nourricier ; roues et premiers véhicules à moteur… Il nous en rend des services. 

Nous avons oublié de le respecter, nous l’avons sur-exploité à grand coup de machine en acier. Ironie de l’histoire, il nous a fallu du bois pour produire des métaux puis des métaux pour couper le bois… 

Sylvain retaille très bien en mot précieusement choisis cet Ouroboros de la société industrielle irréfléchie.

La craie est une roche sédimentaire calcaire blanche, aux grains très fins, tendre, poreuse et perméable, contenant presque exclusivement du carbonate de calcium et un peu d’argile. Elle s’est formée dans des mers chaudes et peu profondes par l’accumulation de coccolithes (parties du squelette calcaire d’une famille de phytoplancton ), et aussi un peu de foraminifères planctoniques et de spicules d’éponge. Toute une poésie que nous oublions lorsque nous l’utilisons sur nos tableaux d’écolier. Un exemple de patience de cycle de la nature, La craie s’est par exemple formée dans le sol parisien il y a -100 à -65 millions d’années.

On ne fait pas pousser les arbres en tirant dessus disait mon grand-père, je lui aurais répondu aujourd’hui qu’on ne fait pas la craie en polluant les océans. Nous aurions ri.

Que l’on soit Inuit attendant l’échouage du bois flotté pour construire un kayak naviguant en conditions extrêmes ou une Bangladaise ilienne cherchant l’outil pour tailler son arbre, comment croyez-vous qu’on résolve des défis techniques et technologiques avec peu de moyen et sans épuiser la ressource naturelle?

Horizontal Tree. 1911. huile sur toile. 75,9 × 112,2 cm. Utica, New York, Munson-Williams-Proctor Arts Institute. Piet Mondrian — Domaine public

Idées simples et principes de bases à l’innovation

Si un point commun parmi d’autres doit ressortir du lien entre les peuples de la glace polaire et les peuples des mers du Bengale, c’est leur réalité de communauté intelligente frugale. Voilà trois notions que j’entends spoliées de leur fond par trop d’abus de langage sans mise en œuvre de réels processus utiles. Smart (communities, cities, territories…) n’est pas une simpliste succession de technologies énergivores et prédatrices de matières rares, c’est avant tout une implication des personnes, une appropriation de la connaissance, des savoir-faire et des techniques. Je considère une smart city qui ne serait qu’une accumulation d’objets connectés, d’algorithmes, de lignes de codes informatiques alors que moins d’ 1% de la population ne sait ni lire et ni écrire dans ces langages numériques, ne serait qu’un territoire de totalitarisme non citoyen exploitant jusqu’à l’épuisement des ressources naturelles puisées dans d’autres espaces moins puissant économiquement. De mon point vue, pas d’innovation sur ce chemin sauf peut être quelques gadgets faussement high-tech. Je n’ai pas envie de vivre ou de voir mes amis vivre dans 1984 de Georges Orwell ou sur le Cerclon de Damasio.

Image issue de http://www.innofrugal.com/

Essayons de mettre en parallèle l’allégorie de l’arbre coupé à la craie et nos besoins d’innovation.

Les communautés intelligentes (Inuites, Bangladaises, Bretonnes… je plaisante) ont en commun:

Ces propositions, conjuguées à quelques principes d’’économie circulaire incluant le ré investissement dans le capital naturel, vous ouvrent les portes et fenêtres des innovations soutenables, durables et souhaitables. En biomimétisme nous résumons cela par le travail sur l’optimisation de 3 flux : matières, énergies et informations. Si certains veulent scier à la craie la branche sur laquelle ils sont assis, je leur prédis un échec technique et technologique, l’épuisement physique ou au mieux une chute qui leur brisera les os. Si d’autres veulent tenter de construire un kayak biosourcé en usant la craie et l’arbre avec la patience et la sagesse pareilles aux matériaux qu’ils utilisent, basé sur des pratiques collaboratives, je confirme qu’ils infligeront une vague d’innovation qui submergera ceux qui tirent sur les arbres. Comment faire une hache ou une scie avec une craie, cela je ne sais pas le faire seul. Comment une communauté intelligente fait un truc fou qui résout un défi avec les seuls moyens à disposition, cela je le pratique à plusieurs et le transmets.

J’aime à cœur ouvert penser, divaguer, partager, bien vivre ensemble, bien faire ensemble. Je me fais parfois violence sur la timidité pour écrire de temps à autres ces digressions. Je considère comme important, avant toute chose, de s’appliquer à soi même ses propres prédications, de les donner à lire et à s’approprier tout en n’oubliant pas de documenter les erreurs afin d’éviter que les mauvaises histoires se répètent. C’est en transpirant cela que les arbres et les craies m’inspirent parfois.

Voici donc les pérégrinations et expérimentations qui ont mené sur une péniche parisienne, parti en camion depuis Auray dans le Morbihan pour vivre ces moments:

[#LabOSe] LABoratoire Open Source d’Expériences libres et distribuées
2 mois d’itinérance aux services des projets qui font sens et changent la France en 2016.hackpad.com

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Xavier Coadic

Xavier Coadic

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