Contribution à la mission société numérique sur l'inclusivité : Fracture, communautés, accéssibilité, lieux, territoire, paysage, pour les publics

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Ceci est transcription provient de ma contribution à la consultation ouverte de la mission consultation nuérique sur l’inclusion au premier semestre 2018, publiée ici

Je commence cette contribution par afficher clairement qu’elle fait suite, et donc sens de mon point de vue, à celle rédigée sur la gouvernance. Je vais tenter ici de développer avec un focus et des ressources pour tenter de contribuer à “Atteindre et orienter les publics cibles”.

Le Serment du Jeu de Paume |Tableau de Jacques-Louis David - 1791| Image source Wikimedia Commons. Domaine public

Fracture

Le constat de grandes différences entre des publics dans la compréhensions des enjeux numériques, dans les possibilités d’utilisations et les usages quotidiens, dans la maîtrise des outils et méthodes, semble être largement partagé. Du coté des personnes “sachantes” comme du coté des personnes “moins sachantes”. Je pense cependant que ne nombreuses personnes avec une considération de leur propre niveau élevé de connaissance se font plus fortement porteuse du concept de fracture qu’une personne qui a conscience de certains manque à comprendre mais qui n’a pas une haute estime de ces connaissances.

Essayez de discuter de l’article « Facebook sans boussole morale », qui est très bon, dans un transport en commun et vous serez perçu.e comme “sachant.e”. Même si l’illustration visuel de la gratuité d’internet pour les nuls est parlante pour certaines personnes c’est le “pourquoi” vous lisez cela, et pourquoi vous avez accès à cette information, qui pousse une différence entre vous et le public avec lequel vous tenez un dialogue de sensibilisation. (j’ai testé une bonne trentaine de fois).

On retrouve le même phénomène de décalage, ou fracture si cela doit être nommé ainsi, avec la lecture de revues, livres, écoute d’émission, etc.

J’ai la conviction que c’est dans l’intérêt, le regard, et l’étude des circonstances qui mène à la curiosité sur un objet et sur son questionnement que nous pouvons trouvons des ressors de réductions des écarts. Tout comme le regard sur les circonstances de rencontres sont utiles à la conception politique, au sens de transformer la cité, de conception d’une des stratégies dans le développement d’une société.

D’autre part, c’est aussi le temps passé devant un écran (étude Insee), qui est un facteur de décalage, fracture, grandissant. Il semble que plus on est “riche” plus on a de libertés d’avoir du temps sans écran, alors que plus on est “pauvre” plus on passe du temps devant un écran.

Ainsi avant d’adresser une tentative de réduction de décalage avec des publics cibles, ne devons-nous pas d’abord nous intéresser à recenser les expressions de leurs besoins quotidiens ?

Communautés

Par l’anecdote d’une rencontre que j’ai faite il y a quelque mois je voudrais illustrer la transition entre le besoin de s’appuyer sur des communautés existantes, communautés rarement étiquetées comme médiatrices numériques, dans la volonté de réduire les écarts.

Cela rejoint le regard sur les circonstances de rencontres évoqué auparavant.

Jean (non changé ici pour anonymiser) fréquentait un tiers-lieu à Rennes, ville qui auto-revendique son numérique innovant, ouvert, inclusif. Jean avait un parcours de vie difficile avec des moments de mendicité et parfois sans logement. Il fréquente les personnes de ce lieux, qui n’a que très peu d’activité numérique pour ne pas dire aucune; car beaucoup l’accepte pour ce qu’il fait (“He who does is legit” M. Lallement), mais aussi car dans les autres lieux identifiés administrativement comme “espace d’accueil” ou lieu numérique il n’y a pas de communautés de pratiques et il y a jugé sur ce qu’il “paraît”. Jean a presque tout les jours un ordinateur portable dans lequel il passe beaucoup de temps à consommer de l’image, de “l’information”, des vidéos, sur internet. Son usage est quasi totalement basé sur la navigation sur le web avec une machine “mal configurée”. Il m’observe utiliser un ordinateur autrement que lui ne le fait. Il prend confiance dans notre rapport alors que nous ne nous connaissons pas car nous avons des circonstances de rencontres qui nous rapprochent au-delà de nos différences sociales. Il se sent assez libre pour exprimer ses “faiblesses” (sic) et me demande de l’aide pour ne plus avoir de pubs qui envahissent son écran à chaque clic (sic). Je lui demande ce qui veut vraiment faire quand il ouvre son ordinateur et non pas juste pourquoi il ne veut plus de pubs. Il me répond qu’il cherche à apprendre des choses et partager d’autres choses jean est dyslexique et crains le regard et le jugement. pour conclure court, cette situation de confiance a permis en quelques rapides nouvelles rencontres de lui permettre d’apprendre à apprendre. Il maîtrise quelques semaines plus tard le markdown ou wikicode, l’utilisation des pads pour documentation et collaboration, il est le principale contributeur de la page wiki du tiers-lieu dans lequel il a pu apprendre au contact de communautés. Il transmet ses acquis technologiques mais aussi méthode d’apprentissage et de collaboration à des personnes aux statuts sociaux “plus élevés” : http://movilab.org/index.php?title=Hotel_pasteur

Ce que l’on peut en retirer

Accessibilité

Pouvoir faire tiers-lieux presque n’importe où et prendre soin de concevoir, ou d’entretenir celles existantes, les circonstances de rencontres offre des pistes d’amélioration de l’accessibilité au temps et espaces permettant la réduction des écarts numériques et la médiations. Du moins d’un point vue de la mobilité en rapprochant ces espaces-temps de publics en demande de ces rencontres.

Cela implique plus profondément :

Exemple

Voici, à tire d’exemple non exhaustif, un “cadre d’accessibilité” que nous affichons et pratiquons dans plusieurs espaces-temps :

Les postures encouragées

L’accueil

Faisons en sorte que les personnes – de tous horizons et identités confondues – soient les bienvenues, qu’elles se sentent accueillies dans un espace ouvert et chaleureux. Cela inclut, mais sans s’y limiter, les membres de toute ethnie, culture, nationalité, couleur, statut d’immigration, classe économique et sociale, niveau d’éducation, sexe, orientation sexuelle, identité sexuelle, âge, taille, situation familiale, croyance politique, religion, capacité mentale et physique. La bienséance et la bientraitance

Rencontrons-nous avec excellence, c’est-à-dire la volonté de viser le bien et le bonheur d’autrui, et assurons-nous d’être bien-traitant en s’assurant que notre manière d’agir concrètement va bien dans le sens de la bienveillance.

Les comportements que nous voudrions décourager :

Frugalité

Les envies et les possibles ont été sourcés en amont par visioconférence et écrits en ligne pour mettre toute personne intéressée au même niveau d’information qu les autres participants.

DIY

Lieux, territoire, paysage

Il apparaît plus simple de s’appuyer sur des lieux existant que tenter d’en (re)créer ex-nihilo, ne serait-ce que pour des question d’efficience de temps et d’argent. Mais c’est avant sur des communautés qui font font ces lieux et qui irriguent la ville ou les campagnes que la réduction des écarts numériques et la médiation peut s’appuyer.

L’une des erreurs fréquente commises par les lieux et communautés de pratiques est d’afficher “ouvert à tous”. Ce qui au regard des points relevés ci-avant semble très difficile ou peu vrai. D’autres part on rentre pas “nu.e.s” dans ces espaces-temps, parfois les circonstances de rencontres exigent une ouverture définie et choisie finement (e.ghttps://lereset.org). Ce qui n’empêche n’empêche rien la mixité ou l’adaptation ou la modularité : http://movilab.org/index.php?title=La_co-cr%C3%A9ation

Pour concevoir des espaces-temps, lieux d’accueil et de médiation… dans fermes (http://movilab.org/index.php?title=IndieCamp_2017_N%C3%A9vez), bibliothèque (http://www.bibliobsession.net/2012/05/04/mediation-numerique-le-guide-pratique-des-dispositifs), fablab, bus (http://www.concarneau-cornouaille.fr/actualites/983-open-ateliers-fab-lab-de-l-e-bus), écoles, cafés… Nous ne sommes limités que par notre imagination.

Ces actions se déroule au sein d’un territoire administratif (communauté de commune, métropole, département, région…), ce qui induit la collaboration avec des institutions publique et politiques. Cela rejoint la nécessaire considération de la gouvernance évoquée ici.

Mais il y a des limites à l’atteinte d’innovation visant des objectifs résolution de défis sociétaux lorsque l’on se limite à l’unique territorialisation administrative. Car les publics sont mobiles, car les besoin de collaboration entre entité dépasse la frontière administrative.

Julien Amghar, documentaliste en médiathèque et fabmanager dans un réseau des médiathèque l’évoque en interview ; https://soundcloud.com/xavier-coadic/sounds-from-mardi-morning-2

Il y a quelques initiatives des réseaux que tentent de dépasser ces freins, comme par exemple le mibzh : http://mibs.bzh/lieux/fablabs

Ainsi nous posons la question et la réflexion autour du concept de paysage (que nous empruntons à Gilles Clément) pour favoriser l’innovation et les réponses agiles à des problèmes complexes. Voir cette réflexion dédié à l’économie circulaire : https://xavcc.github.io/paysage

Question

Devons-nous co-écrire les contours, non figés, d’un paysage, du numérique pour adresser la résolution des problèmes d’inclusion et de médiation numérique ? Ou s’appuyer sur des paysages existants tout en les rendant plus prégnant dans la démarche mission société numérique ?

NB :

Autres contributions

Merci à toutes les personnes qui soutiennent les efforts par leurs dons


Xavier Coadic

Xavier Coadic

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