Hacking, biodesign, biomimétisme en bibliothèque et médiathèque

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Après plusieurs années à faire des petits bouts de trucs dans les bibliothèques et médiathèques en France métropolitaine, voici quelques retours d’expériences et ressentis qui j’espère pourront servir à de multiples personnes.

Un problème ? Une correction ? Une sugestion ? une contribution ? Ouvrez une ISSUE titrée BIB et surtout bien explicitée ensuite pour permettre une collaboration sur ce texte.

by olabimakerspace licence CC BY-SA

De quoi parle t-on ?

Je vous assure que tout ce qui suit fut testé et fait en Bib', et je vous donnerais des preuves.

Photo by ladyada

Avec le Biome HackLab, nous avons entrepris une bibliothèque numérique libre et open source qui peut aider une personne se documenter sur des sujets liés à ces propos.

Oui, cela veut dire que nous avons fait de la biologie, de l’informatique qui pique, de la chimie, du piratage de bouts de trucs, du design, en bibliothèque, ET cela veut dire que nous avions la liberté de faire, le droit et le devoir de pratiquer.

Vous avez déjà vu un panneau “Interdit au pissenlit” à l’entrée d’une bibliothèque ? Souvent, ils poussent juste devant et l’on peut faire du caoutchouc avec de la sève de pissenlit et trouver dans les Bib' des ressources pour mieux comprendre le végétal, sa biochimie ou encore croiser une personne qui sait comment réaliser une cartographie numérique libre pour la biodiversité.

Contexte

Les bibliothèques, puis les médiathèques, ont depuis le début de leur existence toujours joué un rôle très important dans les conditions de rencontre entre les individus en ville comme, et peut être encore plus, en campagne. (Écoutez l’interview de Julien à Pontivy, et furtez mes travaux conjoints sur les circonstances de rencontre avec Dr Antoine Burret.)

De plus, dans un contexte social tendu, par précarisation des personnes et augmentation des écarts de richesse ainsi qu’une fracture numérique évidente entre les sachant.e.s et un public dévoré (“Le logiciel dévore le monde, marchons dans le Dehors”), les bibliothèques et médiathèques sont devenues des refuges.

Des refuges… des lieux hospitaliers dans un monde bouleversé…

Car :

Pour :

Attention suprise vous allez avoir

Bref, vous l’avez compris, la liste est immense. Dans cette diversité, il faut avoir conscience des réalités sociales et des raisons de la venue des profils de personnes pour permettre les conditions de rencontres et donc d’innovations (sociales, éco, tech, édu, bio…) en bibliothèque. Ces lieux refuges ne sont pas de simples halles à livres ou des postes informatiques pour formalités administratives. Je finis d’ailleurs ces lignes dans une médiathèques face à 2 start-uppers qui répètent leur présentation avant oral devant un Capital Venture.

Où et quelques exemples de quoi ?

Dans ces petites choses en bibliothèque, beaucoup de temps fut passé aux Champs Libres à Rennes, (Voir la carte de Rennes) et nous avons même fait des ateliers sur l’économie lors d’une biennale.

Il y a également eut des opérations #FreeParty pour les graines de fruits et légumes Rennes dans la bibliothèque du campus des sciences

Il y a aussi eu des conférences à Quiberon pour la quinzaine du numérique en 2017 et en région parisenne pour la fête des sciences à Brétigny s/ Orge sur le Biomimétisme.

Dans Réseau des bibliothèques du Morbihan pour une conférence sur les processus d’innovation et pratiques collaboratives, médiathèque de Rostrenen dans laquelle j’ai modifié de la sève de pissenlit avec du soufre, bibliothèque de Châteaubourg dans laquelle j’ai testé des prélevements d’eau venus de la Vilaine, bibliothèque de L’INSA Rennes pour faire du PenTest, Pontivy pour un OpenROV (robot sous-marin open source).

Journée démontage et remontage de l'OpenRov à la médiathèque de Pontivy - Xavier Caodic CC BY SA

Lyon pour co-design de blockchain, Espace 4C à Rennes pour exploiter des données de la NASA (Srtm2Osm), médiathèque d’Auray pour prélever mon sang pour en extraire des enzymes…

Quoi d’autre dans les bibliothèques et médiathèques ?

DIY Mushrooms Xavier Coadic CC BY SA

Journée du hackaton Open Source Cicrular Economy Days Rennes 2016 - Conception d'un module de culture Bactérie et levure en Bib' Xavier Ciadic CC BY SA

La plupart du temps, nous n’avions pas prévenu de nos activités avant de débarquer (sauf pour les conférences ou interventions programmées), nous n’avions pas réservé d’espaces dédiés ou demandé d’équipement. Nous sommes venu.e.s, avec nos habitus, avec nos savoirs, avec nos matériels, avec nos envies d’apprendre et de partager. Parce qu’il n’y a pas d’interdiction de collaborer et d’apprendre, ni de panneau “Inrerdit au Raspberry”.

Comment faire ?

Le respect des règles appliquées dans l’espace est obligatoire, et cela jusqu’à ce que ces règles changent. Ce respect se conjugue avec deux principes philosophiques :

  1. La symétrie des libertés : la garantie que personne n’est privilégié par la définition d’une liberté donnée sur un objet particulier (l’accès, le logiciel, les ressources, la monnaie, le code social …)
  2. La non nuisance des libertés : la liberté, ce n’est pas “pouvoir faire n’importe quoi”

Avec des postures à encourager pour les personnes qui animent ces espaces comme par et pour celles qui les fréquente :

L’accueil : faire en sorte que les personnes – de tout horizon et identités confondues – soient les bienvenues, qu’elles se sentent accueillies dans un espace ouvert et chaleureux. Cela inclut, mais sans s’y limiter, les membres de toute ethnie, culture, nationalité, couleur, statut d’immigration, classe économique et sociale, niveau d’éducation, sexe, orientation sexuelle, identité sexuelle, âge, taille, situation familiale, croyance politique, religion, capacité mentale et physique.

Le droit à l’erreur : c’est en faisant des erreurs que l’on apprend, en partageant ces erreurs que l’on apprend et que l’on transmet. On s’améliore en répétant des acquis (donc on devient encore le meilleur du pire en répétant les erreurs ;-) ). Le droit à l’erreur doit être affiché et cultivé comme inaliénable.

Processus : se documenter, tester par soi-même, puis documenter à son tour les processus Tiers-Lieux. Si vous n’y comprenez pas grand chose, posez vos questions, faites le où que vous soyez, par le moyen qui vous convient, qu’importe le moment, qu’importe qui vous êtes, c’est votre droit !

Pourquoi le Faire ?

Les médiathèques et les bibliothèques cherchent à se réinventer ou à se redéfinir, selon qui voudrait leur adjoindre une injonction de mutation. Mais je ne pense pas que nous puissions changer une institution sans changer les cultures et les pratiques des personnes qui composent cette instituion. Les “publics” sont et font partie prenante de cette composition. Il ne s’agit pas non plus de “barbariser” les médiathèques et bibliothèques en leur imposant un paradoxe commandé “soyez libres”, ni d’obliger à être de telle ou de telle autre mouvance. La neutralité est la condition sine qua non à leur capacité d’accueil et leur espace de citoyenneté. Pourtant, dans ces configurations, rapidement décrites ci-avant, les médiathèques et bibliothèques, et avant tout les personnes qui les font au quotidien, apparaissent comme des agents qui influent sur la ville et les campagnes. Dans ce sens, ces personnes et ces lieux portent une responsabilité sociale et sociétale, presque un acte politique, qui façonnent et transoforment avec d’autres les contours de la cité à vivre et à habiter.

Ce sont des espaces-temps devenus refuges, lieux publics et recevant du public ; ils peuvent être agora un jour, une salle de classe le même jour, un abri de mauvais temps le lendemain, un laboratoire de concpetion… ils peuvent être ce qu’ils arrivent à faire et pas autre chose. Cela paraît si simple à écrire et pourtant si complexe à accomplir.

« À l’intitulé Working Promesse, le réseau des Tiers-Lieux répond Fork The World. Ou comment permettre aux émergences de s’exprimer au travers de formes singulières d’organisation(s) dans des boutiques, des ateliers, des bureaux, des usines, des jardins…» Fork the world

Ce n’est pas à moi d’imposer une vision de ces lieux, ce n’est pas à moi d’invoquer des pratiques aux personnes qui font ces lieux. Je tente simplement et humblement de rendre compte de certaines choses, pratiques, cultures, possibles, qui peuvent s’exprimer dans les Bib'. J’ai certainement l’intuition, partagée dans ces lignes, que des processus et pratiques liés à des cultures, parfois éloignées de l’organisation habituelle des médiathèques et bilbliothèques, peuvent être utiles pour faire évoluer ces ensembles “personnes-espaces-temps”. Je pourrais aussi mettre en garde et être très critique sur la tentation de singer un langage “tiers” pour à tout prix vendre sa propre identité sur un marché disrutptif des appelations à la mode.

Alors à la question de “Pourquoi le faire”, je préfère, bien plus qu’une réponse pré-conçue ou un cahier des charges standardisé, vous proposer une réflexion et une interrogation qui passe autant par la pratique que par la documentation : Libre et Open Source ! Une réflexivité par, avec, dans, pour la diversité qui fait bibliothèque et même en dehors de ses murs, car ce que les médiathèques et les bibliothèques favorisent sont des acquis qui pollinisent parfois loin de leur plan d’occupation des sols.

Merci à toutes les personnes qui soutiennent les efforts par leurs dons


Xavier Coadic

Xavier Coadic

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