Rendre visible les innovations et les émergences

Rendre visible les innovations et les émergences

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Qu’est ce qui déclenche l’entreprise ? Où germe le fait d’entreprendre, prendre la résolution de faire quelque chose, une action, un ouvrage, et commencer à le mettre à exécution ?

Parfois entre les lignes d’un texte et la frustration d’un problème non-résolu pour soi-même, le tout dans un contexte favorissant l’action. Pour ma part, le fait de se lancer dans des démarches itinérantes de participation aux innovations émergentes tout en tentant de les comprendre et de les écrires, cela est lié à mon histoire d’amour avec Marseille et les lignes d’Henry DE LUMLEY dans “Le Beau, l’art et l’homme. Emergence du sens de la beauté”

Tout d’abord la beauté du contenu. C’est tout simplement la beauté du visible : “la beauté du monde est tout ce qui appârait dans ses éléments singuliers, comme les étoiles dans le ciel, les oiseaux dans l’air, les poissons dans l’eau, les Hommes sur Terre”, écrivait Guillaume de Conches au XIIe siècle. Par une nuit très pure, en montagne, dans le désert ou en mer, on voit environ 3000 étoiles à l’oeil nu, ainsi que la ceinture lumineuse de la Voie lactée.

On a déjà l’impression d’un fourmillement extraodinaire, presque un sentiment d’infini. Cette beauté du visible a historiquement joué un rôle fondamental parce qu’elle a engendré l’étonnement philosophique. Pourquoi le ciel est-il beau et pourquoi est-il organisé comme cela ? La comtemplation du visible induit donc le questionnement sur ce qu’il y a au-delà du visible.

Je me souviens très bien de mon adolescence, lorsque je contemplais la nuit étoilée de Ma Provence natale, ce qui agitait mes deux composantes de raison et d’émotions n’était pas les points brillants des étoiles, c’était le velour noir qu’il avait entre elles ; je me demandais “ce soir là, qu’est ce que c’est ? C’est l’espace, qui n’est certainement pas le vide. A t-il une chair, une texture, une forme ?”

Déjà la vraie beauté me semblait au-delà du visible. Notons qu’aujourd’hui, l’éclairage généralisé nous masque le ciel nocturne et il y a de plus en plus de jeunes qui n’ont jamais vu la Voie lactée parce qu’ils ne sont jamais sortis d’une ville ; c’est une perte de ce contact dramatique avec ce que j’appelle “le sentiment cosmique”.

Tout y était et résonnait comme le sidéral écho d’un univers à explorer, celui de l’innovation par celles et ceux qui font. Les élements singuliers, les initiatives naissantes et éparses dans les technologies ou dans les pratiques collaboratives, étaient mes étoiles. Un fourmillement extraodinaire, presque un sentiment d’infini qui me questionnait et me poussa à l’initiative.

Mes componsantes de raison et d’émotions étaient agitées dans la volonté de comprendre les interstices entre les cultures, entre les différentes pratiques qui s’expriment au travers des cultures en multitudes. Comprendre au-delà du visible et se défaire de l’éblouissement artificiel du marketing pour faire cette entreprise de compréhension des espaces entre les disciplines puis mettre en modeste lumière les singulières novas traversées. Ensuite Passer aux curieux un ciel non pollué pour observer et comprendre les entreprenariats, les transitions, les innovations.

Engager un voyage qui ne se satisferait pas uniquement du déplacement physique était mon évidence. Une certitude de prendre la résolution de faire quelque chose, une action, un ouvrage, et commencer à le mettre à exécution.

Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.” Antoine de St Exupery

Il fallait alors se plonger dans les émergences à la recherche de l’observation des points exceptionnels. Marcher dans les canaux qui relient ces points. Le vivre et le comprendre sur des projets qui n’étaient pas le miens pour les transmettre à qui voudra bien s’en intéresser.

A la recherche des coeurs de l’innovation

D’abord en Bretagne, le région où je suis revenu m’installer en 2013 pour y lancer un biomimétisme HackLab, puis plus loin en France dans un second temps. Par la collaboration en pair à pair dans des projets divers et variés j’ai vécu et travaillé avec nombre d’éléments singuliers. Plonger dans des bouillons de transition , d’innovations, d’émergences hors des sentiers battus, dans les zones du dehors de la standardisation. Etre en amont du fossé de compréhension de l’innovation, ce terme tant usé par ceux qui en parlent le mieux mais en font le moins.

technologie life cycle

Aisni ce sont deux projets menés à bon port :

Les deux projets étaient en “auto-financement”.

Pour le premier tour, des acteurs régionaux comme l’entreprise Ouest France, L’association Bretagne Dévellopement Innovation, l’école Bretagne Télecom, n’avaient pas jugé digne d’intérets cette démarche multi-acteurs et pluri-auteurs. La fondation de l’université Rennes 1 n’ayant par ailleurs jamais donné suite à ces engagements pris lorsqu’elle remettait le prix Crisalide Eco-activité à Rennes en mai 2015 au Biome, le biomimétisme HackLab. Je me rappelle assez bien l’étincelle qui avait enflammé l’idée de ce tour de Bretagne “Le manque de collaboration entre les acteurs des innovations et émergences, l’absence de soutien des acteurs majeurs.”

La seconde initiative est plus empathique. Née dans un double constat, la première étape provient de nombreuses demandes d’aides reçues en ce début d’année 2016 lors de rencontres un peu partout en France ou par correspondance écrite. Des appels à “personnes ressources” comme il a été souvent dit ou écrit. La seconde marche de la réflexion émerge d’une lecture d’un manque sur les documentations ouvertes, les tutoriels ou les informations disponibles en ligne. Ce manque a été exprimé intrinsèquement par les demandes évoquées dans la première étape : pour transmettre de l’expérience nécessaire à la construction de la connaissance et le passage de savoir-faire, il faut du présentiel et des rapports humains. Les informations et savoirs circulent de plus en plus vite et n’ont jamais été autant disponibles dans notre histoire humaine par l’effet du numérique mais leur appropriation et leur réutilsation restent sur des temporalités plus lentes. Il faut également acquérir de nouveaux savoir-faire en pair à pair pour faire un usage utile de la masse totale disponible.

Une campagne de dons en ligne a permis de faire ce second périple.

Pour quels rendus ?

Des femmes et des hommes à travers leurs ordinaires de start-up, tiers-lieux, FabLab, collaborations pair à pair…

Sur la période de 2014 - 2016, 5 mois temps plein investis dans cette démarche de recherche/action atypique via deux tours assez différents mais cohérents et complémentaires. Soit près de 21% de temps professionel dédié. Ajoutons à cela une douzaine d’ateliers ponctuels, d’un jour ou plus, de collaboration trans-entités, soit 1 tous les 2 mois en moyenne sur la même période 2014-2015. Avec cette démarche nomade, c’est plus de 200 personnes impliquées, près de 20 organisations différentes à travers le France engagées, une douzaine de projets pollinisés… et beaucoup de retour et d’expériences à transmettre aujourd’hui.

Ainsi deux gtibook, ou livres numériques open source, verront le jour en 2017. Fin Janvier pour le premier et fin février pour le second.

Le Bretagne lab Tour contiendra la documentation des étapes, des lieux, les entretiens écrits ou audio avec les personnes, les ateliers projets et prototypages techonologiques. Les carnets de rencontres évidemment mais aussi les inédits carnets de pensées et un chapitre “Concevoir et réaliser un tour collaboratif régional” seront dans les pages de ce livre. Les auteurs ? Toutes les personnes qui ont participé à la documentation de ce tour et elles sont nombreuses, sous licence creative commons BY SA 4.0.

Couverture du gitbook Bretagne Lab Tour

Pour le second livre, Carlos Moreno, qui avait parrainé et soutenu l’iniative, a accepté d’en écrire la préface.

Une couverture plus appropriée à une période sociale difficile en France, mars à juin 2016, mais le noir n’est pas la couleur du désespoir. Ce gitbook sera bien différent du premier avec des réflexions personnelles parfois philosophiques, des cartes géographiques numériques, des détails photographiques de nomadisme.

Ce livre sera également sous licence creative commons BY SA 4.0.

couverture du LabOSE

Je laisse libre à chacun la possibilité de soutenir financièrement ce travail de production d’oeuvres au format numérique. La qualité du travail et sa rapidité d’exécution sont liés aux ressources alouées (temps, humaines et financières). Ces livres contiennent les récits pour nommer et les traces pour comprendre des communautés collaboratives qui font les transitions de sociétés, les térritoires intelligents, les innovations de tout genre, les tentatives de nouveaux paradigmes.

Un travail de mise à disponibilité intelligible des émergences

« Ce que l’on ne peut nommer on ne peut le comprendre. Le langage est aussi le lieu de la conquête de la liberté. » Sohan Kalim

A qui veut bien se donner la peine, de porter une attention digne de l’effort fourni par les personnes qui peuplent les pages de ces deux ouvrages, s’ouvre des champs d’étude et de questionnement sur ce qui fait ou ne fait pas un projet innovant, sur ce qui fait une initiative qui sert la résilience ou une tribu apportant de l’intelligence à un territoire.

Le travail de terrain et d’écriture amont n’était pas neutre. Il était un acte politique dans la société, un entreprenariat ayant une modeste incidence, un commencement de mise à éxécution de la reconquête d’une liberté du faire. Le travail de rendu ne sera pas un programme politicien mais simplement une mise en ressource utilisable, embarquable et compréhensible, pouvant servir de base de travail à d’autres acteurs, d’inspiration d’études ou simplement de lecture à de futurs décisionnaires.

Il y a au travers de ces futures pages autant à comprendre des contextes et des recettes que de découvrir des émergences et surtout les personnes qui les portent.

Ces deux livres numériques ne seront pas tutoriels du “comment faire” ou des “guides de l’innovation”. Ils ne seront ni un faux manuel scolaire de l’entreprenariat ni une publicité pour une forme d’engagement aliénant sur des projets inspirants qui changeraient le monde. Ils seront deux objets dont vous aurez la liberté des usages et des confrontations.

« Plus les individus portent attention à la publicité, plus ils nient la crise et ses fondements structurels. Par là même, ils retardent et arrivent à éviter la dure rencontre avec les réalités quotidiennes. » Bernard Brochant, dans sa préface au livre de B. Catheat, Publicité et Société, 1987. (voir également Violences de l’idéologie publicitaire par François Brune dans le monde diplomatique 1995.

Pour conserver la profonde essence humaine commune à ces démarches, deux moments de rencontres seront organisés pour échanger lors de la publication de ces livres. Le premier moment se déroulera à Rennes fin janvier 2017 et le second sera une suprise… Mais pour vivre cela il vous faudra rester attentifs aux évolutions des écritures.

Merci à toutes les personnes qui soutiennent les efforts par leurs dons


Xavier Coadic

Xavier Coadic

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