Défaire ? (V0.3 version française)

Défaire ? (V0.3 version française)

- 32 mins
V0.3-fr (2020/10/31)

v0.3-en (2020/10/31)

v0.2.1-en (2020/10/27)

V0.2-en (2020/10/26)

V0.1-en (2020/10/06)

V0.0.1-en (2020/09/10)

Si vous êtes ici, n’hésitez pas à ajouter vos notes, idées, phrases, questions, ressources…

Suite aux échanges et discussions ici)

Contexte

J’enseigne le biomimétisme et le biohacking en école d’ingénieur⋅e⋅s française depuis 5 ans, je collabore depuis plus d’un an avec l’ONG Tactical Tech sur « l’investigation citoyenne » (et les techniques, outils, méthodes et état d’esprit).

« Nous voulons Exposing the Invisible pour inspirer une nouvelle génération de personnes engagées dans la transparence et la responsabilité ». Tactical Tech

J’ai fusionné un laboratoire de biomimétisme ouvert (en 2014) et un biohackerspace, et je fais actuellement partie d’une équipe travaillant sur les tests diganostiques rapides (TDR) en santé et environnement dans le cadre du programme Frugal Science (Curiosity-Driven Science) du Prakash Lab.

Le présent texte fait suite à une somme de questions qui étaient initialement multiples, car elles émanent de plusieurs communautés et configurations, et pourtant elles m’ont semblé concourantes :

J’aurais répondu avec plaisir : « Faisons un feu de camp et voyons ce(ux) qui se passe(nt) autour ». Malheureusement, j’ai laissé un texte plus brumeux et plus verbeux.

En m’engageant dans ces problèmes, j’ai pu constater le profond questionnement sur ce que nous faisons et la tension qui peut surgir entre ce questionnement et l’articulation actuelle de la technique avec la science et la connaissance, entourée de technologie.

La transmission des connaissances, en particulier les moyens d’y accéder, ainsi que notre rapport à la technique, à la technologie et à la science, m’amène à m’interroger sur ce que nous faisons, pourquoi et comment nous le faisons. Une personne qui est habile et intelligente dans la conduite de son existence n’est pas nécessairement une personne lucide et éclairée sur ce qu’elle produit, sur les raisons pour lesquelles elle agit comme elle le fait… Ce qui compte, c’est la façon dont nous choisissons notre façon d’être dans le monde et ce que cette façon fait aux autres, ce qu’elle produit dans notre relation au monde.

Alors, sommes-nous bien conscients de l’exigence de ces connaissances ? Bien que nous sachions quelques choses, nous ignorons parfois l’essentiel. Nous ignorons simplement l’objet de notre connaissance : « Nous savons comment faire les choses, mais nous ne savons pas ce que nous faisons » (Socrate)

« Le texte écrit souffre de 3 maux congénitaux : d’abord, il est figé et “à qui lui adresse la parole, c’est une chose unique qu’il se contente de signifier, la même une fois pour toutes”; ensuite une fois publié le texte mène sa propre existence et s’adresse de la même façon à tous, quelle que soit leur compétence ; enfin, laissé à lui-même, il est incapable, en l’absence de son auteur, de se défendre et de répondre à ses adversaires. » – Socrate cité par Platon (Phèdre)

Ce texte aurait pu servir de support à un exercice descriptif plus fin et plus détaillé, avec des comptes rendus de récits internes des situations vécues et observées. Il m’a semblé qu’il fallait avant tout explorer beaucoup de flous, peut-être les clarifier, avant d’essayer de pratiquer l’exercice descriptif fin et pointu sur ce qui est couvert. Ici, j’ouvre un essai de dialogue. Il pourrait, et je l’espère, se poursuivre dans d’autres écrits plus précis, descriptifs, analytiques et même opérationnels.

Essayer d’être plus clair jour après jour

Lorsque nous partageons, donnons ou recevons des informations, lors d’une investigation ou d’une séance de partage de connaissances, nous avons la responsabilité d’un objet architectural complexe. (Nous : contributrices, contributeurs ETI et al. https://exposingtheinvisible.org/ et https://kit.exposingtheinvisible.org/en/)

L’information est construite avec des données, contenant des bits qui sont empaquetés et structurés pour être partagés sous forme de message. Un enquêteur, une enquêtrice qui suit sa motivation/idée essaie de désassembler l’information pour trouver les meilleures infos à l’intérieur, pour trouver des preuves dans le cadre de sa propre idée principale, et lorsqu’une enquêtrice, un enquêteur veut vérifier une preuve, il confronte les bits d’un paquet de données avec un fait ou l’épreuve de la réalité. Il existe un chemin similaire de procéder dans le domaine de l’investigation médicale, de la science, du biohacking, de l’analyse de l’eau, de la rétro-ingénierie, etc. avec, bien sûr, quelques autres étapes en amont et en aval.

Le point ici est le suivant : Je vois deux points d’ancrage communs

Trying to config my radare2 work environment in ~/.config/radare2/radare2rc


Du brouillard à une percée de lumière

Au début, il y avait un sentiment… quelques réflexions sur le début d’une nouvelle saison – l’automne.

J’ai demandé à des ami⋅e⋅s de me bousculer l’esprit avec leurs vues.

Je commence à travailler sur ce sujet (sans vraiment savoir où cela va me/nous mener) et j’aimerais partager avec vous une formulation synthétique et obtenir vos questions, vos réactions, vos critiques et peut-être votre désir, à ce sujet. (court, chaotique et encrassé)

Du reverse engineering au wetware ouvert dans le hacking civique / l'enquête citoyenne dans un contexte de tension sur les questions environnementales, ainsi que de risques sur les données biologiques, et toujours de science ouverte et participative, nous démontrerons, par le biais d'un retour d'information, les techniques utilisées par de petits groupes de personnes pour reprendre le contrôle de ces questions. Le matériel et les logiciels peuvent être très coûteux et soulèvent également des questions de fiabilité.
    Les matériaux biochimiques non libres ont récemment montré leurs limites en situation de pandémie (sondes et marqueurs PCR). Les pratiques de rétro-ingénierie nous permettent d'envisager ces paradigmes sous différents angles, puis d'ouvrir des fenêtres, similaires à celles du matériel et des logiciels libres, dans les domaines de l'environnement, de la biologie, de la santé. C'est aussi un terrain fertile pour le questionnement et l'émancipation collective face aux enjeux de la vie privée, de la sécurité et de la normativité.
    Ensuite, nous essaierons de prototyper nos propres matériels, y compris les wetwares. Entre les collaborations avec des groupes d'investigation locaux, l'utilisation des pftools (outils Linux pour construire des profils généralisés de protéines et d'ADN et les utiliser pour scanner et aligner des séquences, et rechercher dans des bases de données.) dans l'investigation du génome (y compris humain), la conception de kit pour la détection d'OGM dans l'alimentation, une démonstration d'électroporation et de transfection du génome (kit de bricolage) sur levure pour obtenir de l'insuline ouverte (large Proof Of Concpet en exemple), et enfin du matériel wetware pour l'échantillonnage et le suivi et l'analyse de l'eau dans la rivière bretonne à Rennes (fr),
    Dans cet effort, nous nous proposons d'expliquer et de démontrer que ces pratiques, encore peu (in)connues et largement améliorables, sont au cœur de problèmes de société dont les secteurs public et privé sont en responsabilités.


« Le langage est une épistémologie de la domination potentielle » (Lena Dormeau1, Somewhere over the WolrdWideWeb, 2020). Soyons attentives, attentifs à ce qui pourrait être de l’ordre du « jargon pointu, technique ». Sinon, nous ajouterions des objets architecturaux plus complexes à des objets architecturaux déjà complexes, etc. Cela ressemble à un Ouroboros de la technique.

« Quel est le prix à payer pour l’utilisation de ce langage ? En d’autres termes, nous permet-il ou non de mémoriser, de traiter, de critiquer, de partager notre expérience collective ? C’est la question de Walter Benjamin ; Expérience et langage ». Alain Giffard, 2018 – Culture numérique, culture technique https://archive.is/65pPQ

Grâce aux personnes et à leur point éclairant lors de la discussion d’hier, j’essaie aujourd’hui de dissiper le flou.

Comme l’un d’entre nous l’a dit, nous devrions essayer de démystifier la technique et peut-être permettre aux aires de jeux (brave place en terme LGBTQI, ex-lieu-sûr (safe place)) d’être en convivialité et êtres libres et légitimes de démonter ce qui nous pèse.

Les gestes qui composent la technique plie une quantité phénoménale de temps2 dans les objets architecturaux complexes que nous échangeons.

Nous ne bénéficions pas de la même disponibilité du temps lorsque nous sommes racisé⋅e⋅s, opprimé⋅e⋅s, privilégié⋅e⋅s. Et le coût de ce temps, l’accès à ce temps est/pourrait être de la pure violence.

Ma question est la suivante : comment trouver des moyens de donner aux gens le temps et les connaissances dont ils ont besoin ?

Deux points ici :

Les objets sont un moyen spécifique de transmettre des énoncés essentiels sur la vie sociale des actrices, des acteurs en rappelant que certaines choses, pensées, hiérarchies, histoires, matériaux et gestes doivent être pensés « en ensemble »3.

Des objets ordinaires pourraient nous permettre4 :

Alors, comment un monde commun se constitue-t-il à travers nos objets ?

En étudiant et en décrivant nos propres objets (ceux de l’investigation et de la transmission des connaissances) à travers leur matérialité, leur fonctionnement, dans leur physicalité, leur transmission et leur réutilisation, leur assemblage… « L’objet technique fait l’objet d’une genèse, mais il est difficile de définir la genèse de chaque objet technique car l’individualité des objets techniques change au cours de la genèse […] ». (Simondon, 1958, genèse de l’objet technique, le processus de concrétisation)

Et souvenons-nous que les objets ont une histoire, résultant de tensions, de stratégies, etc. Et ils conditionnent notre relation avec l’invisible, et ils en disent long sur nous face à cette relation. Ils disent, et produisent ou réduisent, notre architecture d’inégalités sociales. Enfin, ils sont une délégation de l’ordre social – des dos d’âne (policiers allongés) qui nous obligent à nous conformer à une règle de conduite sociale et politique (ralentir pour des enjeux de sécurité).

 « *1958. Les premiers ordinateurs sont là. Pour le philosophe Gilbert Simondon, l’ignorance de la machine est la cause majeure de l’aliénation du monde contemporain, les hommes qui connaissent les objets techniques cherchent à s’imposer en leur conférant le statut d’objets sacrés. Ainsi naît “un technicisme immodéré qui n’est rien d’autre qu’une idolâtrie de la machine” » Gilbert Simondon, Sur le mode d’existence des objets techniques.

C’est un long chemin à parcourir pour désassembler l’objet construit avec, et intégré dans, la technique. Nous partageons la plupart du temps des choses complexes ou des boîtes obscures tout en pensant qu’il s’agit d’objet et d’un processus transparent. Une chose pire serait de partager des tartes à la crème en pensant que ce ne sont pas des boîtes sombres.

« Être perdu⋅e est normal
se sentir perdu, c'est le chemin ».
Manu Prakash, Frugal Science. 2020

Randonner au travers du partage avec soin et même plus lointain

Mais, et il y a toujours un mais, le kit est un objet architectural complexe, l’état d’esprit (pierre angulaire du kit) est un objet architectural complexe, etc. Ce sont des boîtes avec des licences open source sur le contenu, mais restent toujours des boîtes ; et ouvrir, déconstruire une boîte, même une boîte non brevetée, est une grande épopée.

L’hiver dernier, j’ai animé un atelier de 4 jours en France, pendant le Festival des Libertés Numériques, centré sur le kit Exposing The Invisible et j’ai partagé des connaissances, des expériences, des apprentissages par la mise en pratique sur le terrain.

En bref :

Les personnes font cela, par exemple, quand elles peuvent :

Sept mois plus tard, elles, ils déclarent : « Je maîtrise la technique et je développe l’état d’esprit, mais[…] », toujours un mais, « Comment être capable (note personnelle : avec liberté) de comprendre comment nous apprenons et comment nous produisons des connaissances (note personnelle : et temps libre pour le faire) ? »

J’affirme que les personnes qui viennent chaque semaine sans aucune formation en tech/sciences/ingénierie dans un café de biologie populaire posent les mêmes questions et font face au même chemin avec les mêmes difficultés.

Les biohacktivistes qui travaillent sur les problèmes liés à l’eau se confrontent à des boîtes obscures brevetées pour analyser des échantillons, comme les boîtes obscures commerciales, industrielles, des amorces dans le processus PCR. La rétro-ingénierie n’a pas vraiment d’importance ici, le temps compte. Nous devons apprendre et décrire comment acquérir des connaissances/savoir-faire/savoir-être au-delà de la technique.

Maintenant, je suis un néophyte, un débutant en cours de bio-ingénierie, et je suis au même point d’interrogation. (Toujours être néophyte).

pftools ❤️ − build and search protein and DNA generalized profiles. Here in E. Coli

Ici, une boîte obscure peut être considérée comme un dispositif dont nous connaissons l’existence, puisque nous l’avons créé, et dont nous ne pouvons pas donner une description claire et seulement un fonctionnement approximatif, ou grossier (le kit ETI et le l’État d’esprit insufflé dans ce kit par exemple).

Nous pouvons décrire ce qui entre dans cette boîte obscure, peut-être devrions-nous être plus précis et plus descriptifs à propos de ces entrées. Nous pouvons également détailler et expliquer ce qui en sort. Cependant, il est probable que nous n’en sommes pas encore au point où nous pouvons décrire clairement et simplement ce qui se passe dans cette boîte, comment ce qui y entre est transformé pour former ce qui en sort (pourquoi, comment, où enquêter).

Eh bien,

Maintenant, que pouvons-nous faire ensemble pour aller plus loin que le contenu du kit et son état d’esprit ? Comment pouvons-nous offrir aux gens du temps et du pouvoir et les équiper ?

Mon expérience personnelle m’a souvent fait penser que désassembler des petits bouts de choses, en groupe de pratique, permet d’apprendre beaucoup, les un⋅e⋅s des autres et à l’intérieur des choses initiales. Reconstruire une chose modifiée, petit à petit, adaptée à nos besoins est aussi un grand moment d’apprentissage et nous ouvre souvent la voie pour donner quelque chose (savoir/connaissance/savoir-être) aux autres.

Ici, je ne me contente pas d’écrire et de penser à la rétro-ingénierie, je traite du désassemblage, et le démontage est l’une des principales voies vers la rétro-ingénierie.

J’aimerais mettre dans la main de quiconque désire l’idée, le stylo pour dessiner, les outils pour travailler, le support pour obtenir de l’aide, l’état d’esprit pour se sentir libre et légitime pour faire, le comment…, comme une offrande pour défaire et (re)construire n’importe quel moyen.

Pour les enquêtrices, les enquêteurs, pour les citoyen⋅nes, pour l’investigation…

Et quand vous défaites quelque chose, quand vous démontez quelque chose, vous en exposez les côtés et les pièces invisibles et la mécanique.

Hier, lors de la réunion en ligne, pour nommer ce désir de configuration, nous avons laissé voler des pensées fugaces comme :

Laboratoire d’investigation, ateliers physiques, boiler room… .

Framasoft dit : « La route est longue, la voie est libre ».

(Je ne sais pas vraiment si mes pensées deviennent quelque chose d’autre étape après étape, jour après jour, discussion après discussion, une chose plus claire, probablement un objet architectural proto-complexe en soi)

Par où commencer

« La technologie est stupide »5 et, en fait, nous présentons souvent « Une question de technologie » de manière trompeuse6. La technologie est l’étude des outils et des techniques, de leurs articulations ensemble. Cela signifie les observations sur l’état de l’art aux diverses périodes historiques, en matière d’outils et de savoir-faire. Essayer de défaire des choses stupides, et bien mal nommée/identifiée, pourrait être un défi pour certain⋅e⋅s, essayer de désassembler une tromperie pourrait l’être pour d’autres. S’agit-il vraiment de ce que nous attendons comme évolution ? Est-ce vraiment ce que nous espérons faire ?

Vous pouvez embrouiller une personne avec un kit, vous pouvez rechercher du plancton à partir d’un avion long courrier ou détecter un virus sur un morceau de papier. La technique n’est pas née ex nihilo, la technique n’est pas neutre, elle n’a pas dans sa nature un potentiel d’émancipation intrinsèque. La voie la plus honorable ne mène peut-être pas à la conception de choses stupides et trompeuses. Et si nous ne commencions pas à construire des boîtes obscures avant toute chose ?

Quad by l3n "There are many ways of drawing a Sierpinski triangle, I'm using a technique I call "quadtree grammars", in C language source code


D’autres personnes avant nous se sont posées ces questions, d’autres encore ont essayé d’apporter des réponses par l’expérimentation pratique.

Ne pas réinventer la roue ou mener la réinvention de la roue ?

Dans un récent entretien avec Emmanuel S. Boss, du MiscLab de l’Université de Main, dans le cadre du programme Frugal Science du PrakashLab, nous avons discuté de certaines approches de la situation de l’enseignement des sciences et de l’ingénierie.

Le premier aperçu est que la littératie compte pour une part majeure7 et que les pratiques pèsent de tout leur poids8, à travers le geste et la posture. Les mots, les gestes, les postures qui en viennent à fabriquer cette littératie peuvent appartenir aux champs de la coopération et à la collaboration respectueuse, ou appartenir à celui de la domination et à l’imposition. Il s’agit de choisir le type de boîtes que nous voulons établir ensemble, dans lesquelles nous voulons vivre et que nous voulons faire ensemble. Emmanuel Boss m’a parlé de l’attitude “can do” qui émergerait en même temps que l’effet wahou de la réalisation du projet final dans la situation et la configuration particulière de ces cours d’ingénierie – « L’“enseignement” frontal est limité aux premières minutes du cours en classe »9. Cela conduit à l’appropriation de la propriété de curiosité comme une capacité/habilité (inversée dans le sens d’un enseignement / une éducation plus « traditionaliste » retourné), avec une compréhension de la nécessité de développer la capacité d’improviser plus que de répéter.

Cela me rappelle la façon dont j’apprenais à l’école quand j’étais enfant.

Un enfant prend une tasse vide, destinée à boire de l’eau normalement, la retourne pour placer la surface circulaire sur une feuille de papier, saisit un stylo-feutre. Toute cette posture et tous ces gestes étaient autorisés.

Il dessine un cercle rouge avec son marqueur, la tasse lui servant de guide.

Nous étions plusieurs à l’observer. Nous devions copier ses gestes, sa posture/attitude sur la prise et l’exécution libre, copier sa méthode avec des marqueurs de différentes couleurs, parfois même dessiner directement sur la table, ou dessiner des carrés. D’une certaine manière, cela a conduit à faire du copier-coller avec des erreurs comme résultat final.

Apparemment, cela a été considéré comme une configuration permettant des situations d’apprentissage.

Puis, à l’âge d’environ 7 ans, tout cela est devenu interdit, car « c’est le diable de copier-coller », et répréhensible.

« *La sanction porte-t-elle sur la transmission des connaissances dans notre rapport aux machines, ces objets complexes avec leurs architectures d’information » ? Une question personnelle sur une installation dans laquelle un robot exécute une punition préventive pour son éventuelle désobéissance future, par Filipe Vilas-Boas https://cargocollective.com/filipevilasboas/The-Punishment, archive https://archive.is/7Nnsl

« Au début, j’étais terrifié par l’idée que le stylo ou le feutre manque d’encre. Et puis rapidement, j’ai aimé voir la chance ET les limites du système jouer, faire disparaître ou à peine rendre visibles les quelques mots de la phrase “je ne dois pas…”. » Filipe Vilas-Boas

La façon dont nous enseignons et la façon dont nous apprenons sont des objets complexes avec leur architecture qui pourrait être des boîtes obscures – ou non. Et ces boîtes sont utilisées comme modèles pour penser et prototyper, même dans les contextes de compétition et dans un environnement brumeux. Parfois les personnes sont obsédées par leur création, la mission d’inventer et de transmettre hante ces personnes et au moment où elles, ils chargent à l’intérieur de leurs boîtes obscures créées une « étincelle d’être » (un “spark of being” dans la création pour être au monde), comme l’a fait Victor Frankenstein (Mary Shelley, The Modern Prometheus, 1818).

La rétro-ingénierie consiste à étudier un objet afin de déterminer son fonctionnement interne. C’est avant tout comprendre. Comprendre ce que font les objets omniprésents pour reprendre le contrôle ! Peut-être que si nous les contrôlions, nous serions capables de nous abstenir de construire des choses inutiles, ou stupides, trompeuses.

Pour autant, le plagiarisme10 ne signifie pas exactement apprendre par la rétro-inénierie ou par le hack.

Nous sommes également chargés de démystifier beaucoup de choses dans le geste et la technique. Il s’agit d’informations habitables

« Pour comprendre ce que signifie « habiter » l’information, il nous faut un langage : celui de l’architecture de l’information. » Louis-Olivier Brassard https://journal.loupbrun.ca/n/061/

Partir humblement et de votre vie quotidienne

« Entrer dans son environnement pour le sentir » (Emmanuel S. Boss, lors de l’interview)11 pourrait être une composante d’une méthode visant à partir d’un vécu et à le partager. Elle ouvre également une fenêtre vers la confiance en soi, la compréhension et aussi la confrontation de notre perception avec d’autres approches critiques – je peux apprendre en faisant incorrectement, je peux essayer de démystifier parce que j’ai confiance en moi. Apprendre de ses erreurs, c’est déjà résoudre un problème, souvent en passant par la déconstruction des chemins qui nous mènent à l’erreur. C’est le début d’une réflexion menée en amont sur tout investissement qui va conduire à la fabrication d’un objet (conceptuel ou matériel).

Par exemple, dans le cas de la mesure (monitoring) dans l’environnement, cette approche consiste à inverser notre rapport à la mesure – où, pourquoi et à quelle fréquence mesurer – et permet d’envisager l’inversion d’une configuration particulière de mesure de l’environnement afin de s’interroger sur ce qu’elle dit de notre rapport à la mesure.

Le diagnostic ou l’examen de santé, l’investigation, peuvent également être envisagé⋅e⋅s à partir de ce point de départ.

Alors, qu’est-ce qui vient depuis notre quotidienneté ?

Un test de grossesse…

Un dispositif simple – en apparence – peut en fait cacher beaucoup de choses et beaucoup d’objets complexes avec des architectures.

Les tests de grossesse sont destinés aux femmes pour un diagnostic rapide. Les principes des tests accessibles, abordables et utilisables ne s’appliquent pas à toutes les femmes de la même manière dans un pays ou une région donnée, et l’écart entre les pays ou les continents est encore plus grand. Le prix d’un test de grossesse au Mexique varie entre 3 et 10 dollars ce qui représente en moyenne 80% du salaire minimum (~ 1 € en France12 pour un revenu minimum de 559,74 €). Le rapport sociopolitique au corps, à la maternité, à l’intimité, à la liberté de choix, à l’avortement, s’empilent également autour de ce petit objet. Et dans les fines couches de cet objet se cache une ingénierie avancée en biochimie, ou des composants électroniques, lorsqu’il y a des résultats numériques.

Même si certains des tests de grossesse les mieux conçus pourraient approcher un merveilleux point utopique d’efficacité13, cela ne résoudra pas tous les problèmes. Et nous pouvons résoudre certaines contraintes non négociables de ce problème complexe14:

Et si nous Défaisions un test de grossesse urinaire apparemment simple ? Que se passe-t-il si nous le faisons en collaboration ?15

« Je pense que ce qui empêche le plus une personne lambda de manipuler des équipements de test médicaux est ce sentiment de manque de connaissances techniques » Paola Arias Martinez, Frugal Science, 2020

J’ai travaillé depuis un certain temps sur un atelier intitulé « Biopanique, Cuisine, et Féminisme », l’extraction de l’ADN d’aliments à domicile pour démystifier la science et les techniques et ouvrir les portes à des vues sociologiques-anthropologiques sur la position des femmes dans la société et la contribution des hommes à cette asymétrie due au genre16. À partir des expériences acquises dans cette configuration et ces pratiques, nous pouvons extraire X points :

Commencer à désassembler la démonstration en débutant par les gestes peut être plus illustratif que de faire un discours. De plus, vous commencerez à partager une expérience commune / en commun(s).

Dans un test de grossesse urinaire, vous pouvez trouver des couches très fines ayant des fonctions et une composition différentes. Très souvent, c’est une surprise étonnante pour beaucoup de personnes et une source de questionnement : « comment ces formes de papier peuvent révéler une grossesse ? »

Avec une personne sans compétences ou connaissances spécifiques sur le sujet, ni en science ou en ingénierie, certaines questions sur l’origine animale potentielle des réactifs ou des métaux rares peuvent probablement envahir l’espace (brave place). Profitez de cette occasion pour élargir la discussion dès le départ avec une approche d’un regard sur les sciences et les techniques, et leur production. Par exemple :

J’ai fait ce genre d’expérience au cours d’un atelier du soir (d’une durée de 2h30) avec des personnes d’horizons sociologiques différents, et la plupart des personnes présentes se sont demandées pourquoi et comment la configuration sociale passée ou présente influence leur curiosité et leurs capacités sur la science et la technique, sur la liberté d’accès au savoir. Certains, certaines, ont voulu aller plus loin en essayant de mettre au point eux-mêmes et elles-mêmes un test de diagnostic rapide dérivé du test de grossesse urinaire, ou d’imaginer comment il serait possible de faire un test de grossesse urinaire 100% fait maison.

En agissant de la sorte, en désassemblant des objets complexes et leurs architectures, on pourrait apprendre beaucoup et apprendre beaucoup les uns des autres, voire mettre en place les premières conditions pour éviter les boîtes obscures, ou, au pire, pouvoir les défaire si elles sont rencontrées20.

Les informations avec lesquelles nous travaillons dans nos configurations sont composées de bits et de données que nous compilons pour former et fabriquer des objets (conceptuels ou matériels). Cette compilation nous donne ce que l’on peut appeler un texte d’instruction.

Lorsque nous tentons de désassembler des objets, nous constatons, grâce à des pratiques de collaboration, que :

En prenant soin de décrire chaque étape de ce processus et d’expliquer ces articulations dans nos documentations pour chaque objet sur lequel nous travaillons, nous ouvrons des libertés vers l’Information Habitable.

« L’expertise comporte de nombreux éléments et peut être évaluée selon de nombreuses dimensions. Il ne s’agit donc pas seulement de compétences, mais aussi de statut social. Le fait d’avoir une éducation anglaise, d’être diplômé et d’être issu d’une haute caste et d’une haute classe sociale fait de l’Indien un expert en termes de statut social. Avoir une expertise interne dans un certain domaine équivaut à une expertise en termes de compétence. Cette expertise interne peut prendre différentes formes. Nous distinguons deux formes : (1) l’expertise pour comprendre et suivre les discussions et (2) l’expertise pour contribuer activement au développement des connaissances internes ou à la conception d’une technologie particulière. La première est plus facile à acquérir que la seconde. Le premier type d’expertise est généralement suffisant pour interagir avec des scientifiques et des ingénieurs sur les choix politiques ou sur l’équilibre entre les risques et les avantages d’un développement scientifique ou technique spécifique. Le deuxième type d’expertise est nécessaire pour contribuer activement à l’élaboration de connaissances scientifiques ou techniques. L’opinion erronée selon laquelle les citoyens, les utilisateurs, les patients ou les parties prenantes ne peuvent pas être consultés sur des questions scientifiques et technologiques résulte de la confusion entre ces deux formes d’expertise. Comme la plupart du temps les non-scientifiques ne peuvent effectivement pas contribuer à un travail scientifique de fond, on suppose à tort qu’ils ne peuvent pas non plus interagir sur les choix de priorité, de politique et d’éthique. » Knowledge Swaraj : An Indian Manifesto on Science and Technology “8. Interrogating Expertise”, 2009, https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/swaraj/chapter/interrogatin-g-expertise/

Remerciements et reconnaissance :

Antoine Burret, Institut des sciences de service, Centre Universitaire d’Informatique, Unige ; Tactical tech and Exposing The invisible cohort ; Manu Prakash, PrakshLab Standford, and Frugral Science cohort ; Emmanuel Boss, Maine In-situ Sound & Color Lab, School of Marine Sciences ; Julien Voisin « Introduction à la rétro-ingénierie » 2015, MiNet ; Filipe Vilas-Boas, artiste explorant notre utilisation de la technologie et ses implications politiques, sociales, psy et environnementales ; Mily1000V

Notes & références

  1. Chercheuse indépendante en Philosophie, Enseignante/Membre associée Université Rennes 2 

  2. « Qu’est-ce que l’humain », re-lecture on Michel Serres https://xavcc.frama.io/humain-4/ 

  3. Pierre Lemonnier, Mundane Objects. Materiality and Non-verbal Communication, Walnut Creek, Left Coast Press, 2012 (p. 138) 

  4. Pierre Lemonier, “Anthropologie des objets ordinaires : faire, faire faire et faire penser, nouveaux regards sur les techniques”. March 2015, conference Quai Branly https://archive.is/AC6CR 

  5. Marek Tuszynski, Featuring Tactical Tech, July 21, 2020 https://exposingtheinvisible.org/en/articles/technology-is-stupid/ 

  6. Gauthier Roussilhe, A question of “tech” 30/03/2020 , https://gauthierroussilhe.com/en/posts/une-erreur-de-tech 

  7. Engineering Literacy for Undergraduates in Marine Science - A Case for Hands On. 2012, Oceanography 25(2):219–221, http://dx.doi.org/10.5670/oceanog.2012.61

  8. Teaching Physical Concepts in Oceanography: An Inquiry Based Approach. Sept 2009 https://tos.org/hands-on/teaching_phys.html. Karp-Boss, L., E. Boss, H. Weller, J. Loftin, and J. Albright. 2009. Teaching Physical Concepts in Oceanography: An Inquiry Based Approach. Oceanography 22(3), supplement, 48 pp, http://dx.doi.org/10.5670/oceanog.2009.supplement.01

  9. Introduction in “Boss, E., and J. Loftin. 2012. Spotlight on education—Engineering literacy for undergraduates in marine science: A case for hands on. Oceanography 25(2):219–221, http://dx.doi.org/10.5670/oceanog.2012.61.” 

  10. Plagiarism on Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Plagiarism 

  11. “Use of, Satisfaction with, and Requirements for In-Situ Turbidity Sensors”, 2005 https://drum.lib.umd.edu/bitstream/handle/1903/13738/act_insitu_turbidity_sensor_report.pdf? \& “USE OF, SATISFACTION WITH, AND REQUIREMENTS FOR IN SITU HYDROCARBON SENSORS”, 2011 https://drum.lib.umd.edu/bitstream/handle/1903/13396/act_cnua11-01_hydrocarbon.pdf 

  12. « Tests de grossesse: en pharmacie ou en grande surface, c’est le même prix », Armelle Bohineust, Le Figaro, 16 décmbre 2014 https://www.lefigaro.fr/conso/2014/12/16/05007-20141216ARTFIG00309-tests-de-grossesse-en-pharmacie-ou-en-grande-surface-c-est-le-meme-prix.php 

  13. We think here about a « R.E.A.S.S.U.R.ED point », “REASSURED diagnostics to inform disease control strategies, strengthen health systems and improve patient outcomes, December 2018, Nature Microbiology 4, Kevin John Land \& Al. DOI: 10.1038/s41564-018-0295-3 

  14. We use this idea board from Frugal Science program https://www.notion.so/Can-pregnancy-tests-be-100-homemade-89e5cd15dd0f49df895fbd52c45f95da ; archive https://archive.is/4XRsm 

  15. Disassemble pregnancy hCG* urine test , Frugal Science Home work, https://www.notion.so/Disassemble-pregnancy-hCG-urine-test-6eff42d0737749e3b7a345cc26175ff6 

  16. institution of education as asymmetry gender bias, « * Home ec students at Shimer College practice cooking on an electric stove, 1942 Wikipédia Family and consumer science * », Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Home_economics 

  17. A Thin Blue Line: The History of the Pregnancy Test Kit. “A Timeline of Pregnancy Testing”. National Institutes of Health. https://history.nih.gov/display/history/Pregnancy+Test+-+A+Thin+Blue+Line+The+History+of+the+Pregnancy+Test 

  18. “Pee is for Pregnant: The history and science of urine-based pregnancy tests”, by Kelsey Tyssowski https://web.archive.org/web/20200526073609/http://sitn.hms.harvard.edu/flash/2018/pee-pregnant-history-science-urine-based-pregnancy-tests/ 

  19. “wikipedia: History of Women in Engineering”: https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_women_in_engineering 

  20. “Understanding biology by reverse engineering the control”, Claire J. Tomlin and Jeffrey D. Axelrod. Published online 2005 Mar 14. doi: 10.1073/pnas.0500276102 − PMCID: PMC555517 

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Xavier Coadic

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