Qu'est-ce que l'Humain ? 1/5

Qu'est-ce que l'Humain ? 1/5

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Arpenter, mesurer la superficie d’un terrain ou d’un paysage est une action transitive qui me passionne. Dans cet engouement je cherche depuis quelques années des nœuds d’origines, des points de Communs à la croisée d’axes de recherches que je mène librement. Ainsi la question « Qu’est-ce que l’humain » me semble être un de ces nœuds de ramification amont à trois questions que j’adresse actuellement dans mes travaux. En effet, je vois pas comment envisager des recherche-actions sur le design consensus et le design des instances sans interroger les conditions d’existence d’un point d’origine de nos interactions que pose cette question en titre, notre humanité. Je ne me vois pas non plus travailler sur Biononymous et Bioprivacy sans travailler l’Humain qui dans ce cas de figure est à la fois l’une des causes des risques et l’une des victimes risques. Enfin, lorsque je poursuis des Recherches, actions et documentation : Tiers-Lieux Libres et Open Source pour répondre aux enjeux critiques, puisqu’il est question d’entitée individuée qui s’engagent dans une representation commune et des responsabilités partagées (Thèse Dr Antoine Burret ÉTUDE DE LA CONFIGURATION EN TIERS-LIEU - La repolitisation par le service) je ne peux pas faire l’économie d’un regard sur l’individuation humaine abordée en biologie et d’en d’autres disciplines.

Ainsi je vous propose dans ces lignes de partager une interprétation sur la question qu’est-ce que l’humain, notamment, mais sans m’y restreindre strictement, par des sources provenant de Jean-Dider Vicent, neurobilogiste ; de Michel Serres, philosophe ; de Pascal Picq, paléoanthropolgue.

« No man is an island, entire of itself […] » (John Donne)

L’Homme est un être hétérotrophe, comme les champignons et les animaux, qui consomme de la matière déjà formée, des constituants organiques préexistants, pour se nourrir est se constituer. On peut ainsi distinguer l’Homme des végétaux qui eux sont autotrophes, c’est à dire capables de créer leur matière propre à partir de matière élémentaire, de la chimie et de l’énergie fournie par la lumière. D’un point vue biologique, l’animalité de l’Homme est un axiome, cela ne fait pas de doute. Pour des philosophes cela est beaucoup plus discutable. L’accord entre ces deux lignes est probablement que l’Homme est un être animal particulier et unique en son genre.

Jean-Didier Vincent propose dans son discours au collège de la cité le 15 septembre 2002 de ranger l’Homme dans un nouveau groupe : les antropotrophes. Il argumente ainsi que l’Homme a besoin de l’Homme, que l’Homme se nourrit de l’Homme et qu’il ne peut être Homme uniquement car l’autre existe. La reconnaissance des Hommes entre eux se fait notamment par le partage d’émotions et de connaissances. Je pourrais mettre ici en parallèle le processus d’Hominisation par la technique évoqué auparavant ici, mais cela revient à proposer que d’une partie tout du moins l’Homme est un outil pour l’Homme et ne pourrait être traité qu’avec une longueur appropriée et sérieuse à l’égard du propos. Je le ferais donc ultérieurement.

Si l’Homme a besoin de l’Homme pour exister alors il y a processus de socialisation. Ce processus n’est pas unique dans l’histoire du vivant. Chez les primates il y a des groupes sociaux et la taille de ces groupes est en grande partie liée à deux facteurs. D’une part la taille du groupe est proportionnelle au volume de leur néocortex, notamment au cortex préfontal qui particpe à l’apprance morphologique du large front ; d’autre part la taille d’un groupe de primates est proportionnelle aux activités de « Grooming », les petites intentions entre individus du groupe (caresse, épouillage, léchage…). S’occuper d’autrui créer du social. Le néocortex étant un siège de fixation et de traitement d’informations primordiales dans les activités sociales. Cependant chez les chimpanzés, par exemple, la taille du groupe ne peux dépasser les 50 individus car les deux conditions factorielles évoquées ne suffisent plus à maintenir l’équilibre du groupe, et ces conditions ne peuvent pas augmenter en volumet et en temps.

L’Homme, qui possède également un néocortex et des activités de « grooming », semble pouvoir socialiser au sein de groupe plus grand que les autres primates. Ceci est possible car l’Homme est outilé d’une chose plus complexe que celle maitrisée parfois par d’autres espèces : le lanage. Un outil ultraperfectionné qui permet non plus de ne manipuler que des objets mais de manipuler les autres membres du groupe avec des symboliques.

« Nous n’apprenons jamais un langage sans apprendre, en même temps, les conditions d’acceptabilité de ce langage » Pierre Bourdieu, Question de sociologie p.96

Le langage se profile alors comme un instrument de « grooming » symbolique. Chez les singes le chef du groupe est celui qui reçoit le plus de grooming, dans les groupes humains le chef est bien souvent la personne qui parle le mieux et qui possède le plus de temps de parole. Le singe qui obéit épouille le chef, alors que l’Homme qui a le contrôle du langage commande. L’homme parle pour convaincre les autres. Dans l’évolution du vivant nous pouvons regarder les sociétés humaines comme fondées essentiellement sur le langage et sur les supports cérébraux qui en sont des produits. Un exemple commun entre l’Homme et le sing est l’aire de Broca, les strucutres nerveuses similaires et le proto-langage. Pareil au fit qu’il y a des proto-outils, il y a des proto-langages.

Le langage nourrit et construit la culture. Ce qui n’est toujours pas le propre de l’Homme. Il a été démontré au début des années 2000, chez des chimpanzés d’Afrique qu’il existe au moins 7 foyers de cultures différents reposant sur 30 items (outils, mode de salutations, type d’abris…). Des foyers culturels qui ne découlaient pas de la génétiques et de l’environnement, c’étaient des « habitudes » transmises qui formaient des cultures.

Cette configuration est grandement amplifiée chez l’Homme notamment par la capacité de langage qui permettrait d’entretenir des groupes contenant plus d’inidivus. Chez l’Homme le langage est l’outil d’une technologie qui n’a de limite que son imagination. Outil contenant les espoirs d’émancipation et à la fois les risques de manipulation. J’en ai encore fait l’expérience cette semaine en proposant le même atelier ( grooming ?) avec trois intitulés différents à trois groupes de personnes De l’importance d’equiper les individus des compétences et donc des libertés de déconstruire les concepts et définir des mots :

  1. « Atelier clone tes plantes » : peur, réticences, insulté de vilain destructeur de la biodiversité, capitaliste, dangereux manipulateur sans éthique

  2. « Atelier duplique tes plantes » : curiosité, engouement, félicité pour une démarche libre et gratuite, défenseur de la biodiversité

  3. « Atelier bouture tes plantes » : idem 2 + tu embarques la sympathie des clubs 3e âge puisque les membres groupes y trouvant un intérêt majeur en parle à leur ainés.

Bien que les intrications de trois différents verbes utilisés pour ce même atelier peuvent avoir de fines différences de définitions, il consistait là à réaliser collectivement des pratiques identiques d’apprentissage en collectif. Mais l’Homme est singulier et paradoxal.

Aucun Homme n’est une île, une île à part entière […] ; l’Homme n’est Homme que parce qu’il y a des Hommes. L’Homme est capable de paradoxe que l’on ne retouve pas chez d’autres primates. Les 4 mécanismes d’homminisation (cf Peter Sloterdjik)

voir aussi la clairière selon Heidegger

Le processus d’individuation rend l’Homme singulier et unique, aussi bien du point du vue évolution génétique (génotype) que dans son apparence (phénotype). Les invertébrés sont presque tous des clones des uns et des autres, mais aucun Homme ne ressemble à un autre Homme, et il est peut être bien le plus individualiste des animaux. Plus que tout autres animaux l’Homme est le « produit de sa propre histoire » (Jean-Didier Vincent) et est celui qui « qui n’a eu de cesse de courrir vers d’autres horirzons » (Pascal Picq).

Cependant l’Homme et le singe partage une autre propriété remarquable, et ils n’en sont pas les seuls du règne animal. Il s’agit de la capacité à « être un autre pour soi ». Certains singes et l’Homme peuvent vivre l’acte de l’autre. Lors d’une expérience où un singe est placé dans les condtions d’apprentissqge d’un geste comme saisir et utiliser un objet avec un récompense à la clé et que l’on enregistre son activité neuronale de son cortex, on peut observer une programmation motrice et une intentionnalité. Si l’experience est reproduite avec un autre singe devant le premier ayant déjà appris et avec le même dispositif de mesure, celui-ci désormais observateur passif refait virtuellement le geste dans son activité neuronale. Son cerveau fonctionne comme miroir de l’autre.

Partager ses représentations, et partager ce qui est sous-jacent à la représentation dans notre cortex ne sont pas des actions séparées. Autrement dit désir, plaisir, souffrance et émotions fondamentales sont mises en communs avec les autres individus et cela constitue un société basée sur l’affect, chez le singe comme chez l’Homme. Cette mise en réseau avec autrui est tout à fait singulière chez l’Homme puisqu’il tend à s’individualiser plus que le singe.

«Sans empathie nous devenons sadique mais trop d’empathie nous mène au masochisme» Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.

Il y a donc une idée fondamentale selon laquelle une chose qui participe à faire de nous des Hommes est l’altérité. Le premier pas dans l’altérité étant le face à face.

Animalité, capacité d’apprentissage, pouvoir d’altérité, langage… Cela suffit t-il à répondre à la question qu’est-ce que l’humain ? Certainement pas encore, car un corps biologique avec un cerveau, un sexe et un patrimoine génétique ne nous differencient pas plus du mulot, que du singe ou d’autres animaux. D’ailleurs d’un point de vue génétique, l’écart entre l’Homme et tel autre animal qui pourrait aujour’hui être declaré de seulement 1% ou 2% ne fait fourni aucun sens pour définir les contours de ce qu’est l’humain. En effet, il suffit de 0,5% de différence génétique bien précise pour faire de l’Homme un être « fœtus » prolongé, néoténique, ce que ne sont pas tous les autres animaux (mais l’axolotl l’est). Bolk, inventeur de la théorie de fœtalisation, propose de s’intéresser à la forme de l’homme qu’il considère comme fœtalisée, selon un principe qui est le retardement. Le cours de la vie de l’Homme est retardé. Contrairement à la néoténie de l’axolotl, il n’y a pas d’arrêt dans le développement ni un déphasage germen/soma mais un ralentissement du cours (Levivier M. La fœtalisation de Louis Bolk. Essaim, 2011, n° 26, pp. 153-168).

Il faut 16 ans à l’Homme pour continuellement fabriquer massivement des neurones et faire de synapses afin de construire son cerveau et les representations du monde qui est le sien mais aussi les représentations et le monde d’autrui. Puis contrairement au neurones qui ne divisent pas et donc ne se répliquent pas, nous continuons en fabriquer de nouveaux jusqu’à 60-65 ans. Tendant ainsi vers un cerveau d’environ 1 500 grammes à l’âge adulte alors que la plupart des singes ont un cerveau de 800 grammes. Mais comme Anatole France était était un humain avec un cerveau de seulement 1 000 grammes avec un talent litérraire certain, nous pourrions aisément affirmé que ce n’est pas le poids ou la taille qui compte pour être un humain.

Enfin, si l’Homme est constitué par son histoire acquise et de son histoire hérités d’homo sapiens, ses relations, de son évolution depuis 3 millions d’années (Lucy); il l’est tout autant par son patrimoine génétique de ces parents proches mais aussi plus loin venu de près de 4 milliards d’années du vivant bien avant le genre homo, que par les atomes que le constitue dont l’origine est à plus de 13 milliards d’années.

Tenter de mesurer les contours d’un terrain qui pourrait expliquer ce qu’est l’humain uniquement par le prisme biologique, neurologique, avec disgression sur la socialisation ne peut être le seul arpent à parcourir dans la quête de réponses intéressantes mais surtout dans la découverte de nouvelles questions à traiter. Bien que j’ai pu maladroitement écrire sur la question « Lier le nomadisme postmoderne à une volonté de comprendre ce qui a fait de nous une Humanité il y a des milliers d’années ? » il y a deux ans pour aborder ces enjeux par un autre angle exploratoire, je pousserais l’arpentage actuel avec deux autres volets sur la question « qu’est-ce que l’humain ? ». Ce premier tiers étant une interprétation libre et résumé de l’intervention de Jean-Dider Vincent au collège de la cité en septembre 2002.

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Xavier Coadic

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