Qu'est-ce que l'Humain ? 3/5

Qu'est-ce que l'Humain ? 3/5

- 22 mins

Je n’ai pas écrit sur ces questionnements depuis octobre 2018. Il y a deux choses d’actualité qui poussent mon envie de continuer ces efforts.

je dois préparer mes interventions à Quimper à la fin du mois d’août.

J’ai bu mon café de ce matin avec une publicité qui illustre notre dérive quotidienne.

Si ma première actuualité traite d’Internet, de traces, de corps (Entre recherche de traces, leurs effacements et le prétoire du rien), de morceaux morpho-physio-biologiques qui nous sont volés (Pas Sage En Seine 2019 : Biopanique, Cuisine et Streethack), alors elle relie à la seconde qui illustre une socio-technie contemporaine qui, glissée par un marketing puissant, nous enroule dans un cocon de « projets centrés sur l’humain qui sauvent la planète » − prenant toutes précautions de définir ni projet, ni humain ; ni ne considère la planète. On nous pane dans une farine de facilité pour nous piller. Ces mécanismes sont à la fois des révélateurs qui nous disent comment est notre société et pourquoi nous y sommes aliéné⋅e⋅s.

Il me paraît important de traiter les questions dans leurs profondeurs et les problèmes à leurs racines. Je poursuis ainsi aujourd’hui par un regard sur le discours prononcé par Pascal Picq le 15 septembre 2002 au Collège de la Cité des sciences et de l’industrie, publié aux éditions Le Pommier « Qu’est-ce que l’humain ». Une partie d’efforts inscrite dans les bifurcations collectives d’un plus grand travail qui diverge vers émergences − émergences qui pourraient être émancipatrices en pluralités.

« Nous savons aujourd’hui que nous partageons avec nos cousins les plus récents l’immense majorité de notre matériel génétique. Si de l’humain il y a, alors il n’est même plus au centre de ses propres considérations mais une infime partie dans un temps relativement court qui prend racine il y a environ 6 millions d’années dans notre séparation avec notre très proche cousin le chimpanzé. » Qu’est-ce que l’humain 2/5, octobre 2018

Regardons un peu de l’humain au prisme de la paléanthropologie distillée par un éminent savant.

Éthologie comparée

Nos origines sont africaines.

En 1971, Charles Darwin publie “The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex” (La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe). Dans ce travail il décrit un raisonnement tel que l’Homme comme présent partout sur terre ce qui nous empêche de connaître son berceau d’origine. Nos sœurs et frères d’évolution, les chimpanzés, sont en Afrique. Or lorsqu’il a y au départ un ancêtre commun la séparation par évolution entre deux espèces advient dans des zones géographiques voisines.

Pour Pascal Picq la paléoanthropologie entre dans son « âge moderne » en 1959, presque 1 siècle après la démonstration de Darwin. Mary et Louis Leakey découvre dans la gorge d’Olduvai (Tanzanie) avec des restes d’hominidés auprès de restes d’outils taillés en pierre datés de plus de 2 millions d’années.

« Olduvai : un baptême, pas une naissance

« Étudiés au départ par les chercheurs kenyans Mary et Louis Leakey, les outils livrés par le site des gorges d’Olduvai (partie tanzanienne de la vallée du Rift) sont les archétypes des produits de la culture oldowayenne, dont le nom dérive d’Olduvai. Cependant, les chercheurs ont, depuis, découvert des sites plus anciens (Oldowayen ancien ou “pré-Oldowayen”) : Lokalelei, Hadar, lac Turkana… » Oldowayen - Les cultures lithiques de la Préhistoire, sources Hominidés.com

Pour Pascal Picq « comme on pense que l’outil, c’est l’Homme, on s’attend à trouver le premier Homme ». Il s’agissait en fait d’un Australopithèque, Australopithecus boisei, signifiant à l’époque que « le premier ou la première artisan·e » de la préhistoire n’était pas un Homme. Puis en 1964, on découvre Homo Habilis, décrit avec une main plus habile et un cerveau plus développé de 650 cm². Un prétexte pour défaire Zinj (Australopithecus boisei) de l’artisanat, sous-entendu de la technique, de la fabrication et de l’outil. Cependant, en 2002 (comme aujourd’hui encore), le statut de premier Homme affublé à Homme Habilis ne fait pas consensus.

« Pas préteur pour un silex, le premier homme… Une attitude bien humaine, celle-là. » Pascal Picq, 2002, discours « Qu’est-ce que l’humain », collège de la Cité des sciences et de l’industrie.

Les Leakey avaient une amie qui les accompagnait. Cette amie, Jane Goodal, allait amener un bouleversement en observant les chimpanzés. Dans un temps comparable, l’éthologue et zoologiste Dian Fossey s’intéresse aux gorilles et Birutė Galdikas, éthologiste et écologue, observe les orangs-outans. Ces trois femmes vont révolutionner leur époque et nos (pré)conçus de ce peut être l’humain.

« Car jusqu’au cœur des années 1960, il était entendu que le caractère humain de l’Homme reposait sur un axiome, et sur l’importance totale de ce qui l’entourait. Une erreur par omission monumentale, puisque l’erreur est humaine » Pascal Picq, 2002, discours « Qu’est-ce que l’humain », collège de la Cité des sciences et de l’industrie.

Aujourd’hui comme en 2002, les critères issus des observations et des comparaisons qui fondent l’Homme sont préservés. Cependant ils sont maintenant partagés, plus ou moins selon les biais d’approche, avec les grands singes, bonobos et chimpanzés en tête de liste.

La bipédie

Une caractéristique anatomique qui place notre tête en port « au-dessus de nos instincts » que nous partageons avec les chimpanzés, d’autres grands singes et les bonobos. Partagés également avec une vingtaine d’autres espèces d’hominidés qui font les chemins multiples de nos origines depuis plus de 7 millions d’années.

L’outil

Nous avons précédemment vu que les chimpanzés transmettent des traditions et fabriquent des outils.

« Il a été démontré au début des années 2000, chez des chimpanzés d’Afrique qu’il existe au moins 7 foyers de cultures différents reposant sur 30 items (outils, mode de salutations, type d’abris…). Des foyers culturels qui ne découlaient pas de la génétique et de l’environnement, c’étaient des « habitudes » transmises qui formaient des cultures. » Qu’est-ce que l’Humain ? 1/5, Juin 2018.

Des comportements culturels possédés et partagés. Ce que Darwin décrivait dans “The Foundations of the ‘Origin of Species’ (deux essais de 1842 et 1844) devra patienter jusqu’en 1970 et les éthologues en Afrique de l’Ouest pour confirmer par redécouverte de l’outil (bois ou noix de coco) pour briser les noix par les chimpanzés. Un travail de plusieurs millier d’heures et de synthèses par notamment Jane Goodall et des constats qui se retrouvent en Asie chez les orangs-outans.

La guerre

Chez les chimpanzés les mâles restent ensemble tout au long de leur vie alors que les femelles migrent au moment de la puberté pour la reproduction. Les mâles formes de clans resserrés qui effectuent des rondes pour garder leur territoire, réalisant également des raids extérieurs, pour agresser leurs voisins, parfois jusqu’à la mise à mort.

L’interdit sexuel

De la configuration précédente découle la quasi-absence d’inceste chez les chimpanzés.

« Il n’y a pas d’inceste chez les animaux. Chez tous, l’un des deux sexes quitte le groupe natal au moment de l’adolescence pour se reproduire. Dans la très grande majorité des cas, notamment chez les singes, les femelles restent ensemble alors que les mâles migrent. C’est l’inverse cehz les chimpanzés et ches les Hommes. En fait, l’Homme se révèle être le singe le plus incestueux ».Pascal Picq, 2002, discours « Qu’est-ce que l’humain », collège de la Cité des sceinces et de l’industrie.

La vie sociale

Bonobos, Hommes, chimpanzés, vivent « en sociétés de fusion-fission ». Les individus se séparent pour « vaquer à leurs occupations » et se regroupent, dans un même collectif ou dans un nouveau, pour nouer des relations sociales. Ce qui fait appel à des codes sociaux complexes.

la chasse et le partage de la nourriture

« Les chimpanzés sont les principaux prédateurs d’autres singes, comme les colobes, et partagent les carcasses et parfois d’autres nourritures selon des règles de hiérarchie et de bienséance qui n’ont rein à envier à nos manières de table » Pascal Picq, 2002, discours « Qu’est-ce que l’humain », collège de la Cité des sciences et de l’industrie.

La sexualité

Chez les bonobos la sexualité se pratique aussi hors des périodes de fécondité des femelles, dans diverses positions, y compris face à face. La sexualité est aussi utilisée pour apaiser des tensions sociales

Politique, morale et mensonge

« Ces trois éléments indissociables de notre vie sociale existent chez nos frères chimpanzés » Pascal Picq

Agression et réconciliation

Chez l’Homme comme chez le Chimpanzé la vie sociale se compose avec des conflits, des réconciliations, des gestes affectueux et des soins, des trahisons. Des médiatrices et médiateurs interviennent pour préserver un état acceptable du groupe

La communication symbolique

« Il a fallu attendre 1997 pour que l’on s’aperçoive qu’ils possèdent des structures du cerveau analogues aux nôtres, où se localisent les facultés cognitives du langage ». Pascal Picq, 2002, discours « Qu’est-ce que l’humain », collège de la Cité des sciences et de l’industrie.

Les grands singes ont démontrer leurs capacités et talents dans l’apprentissage et la manipulation des symboles et des gestes symbolisant, tant dans le langage des sourd⋅e⋅s et muet⋅es que par un clavier d’ordinateur.

Conscience de soi

Les comportements des grands singes dans leurs stratégie sociales, ou encore devant un miroir, « impliquent qu’ils sont capables de se représenter les états mentaux des autres ». Il y a ainsi preuve d’empathie.

Rires et pleures

Pour Pascal Picq « il suffit de passer du temps après d’une société de chimpanzés pour les voir exprimer de telles émotions »

« Dans ce voyage récent et à peine entamé chez nos frères d’évolution, l’homme n’a rien perdu en chemin » Pascal Picq, 2002, discours au Collège de la Cité de sceinces et de l’industrie »

Nous partageons beaucoup avec nos compagnones et compagnons d’évolution, tant de caractères et de caractéristiques qui « signifient que les fondements de notre humanité proviennent de notre dernier ancêtre commun », quelque part il y 7 millions d’années en Afrique. Non pas d’un surgissement par évidence dans l’Homme moderne. Ou que « les chimpanzés ont entamé leur hominisation dans la forêt alors que évoluions dans les savanes arborées ».

Émergence de l’humain

Pascal Picq déclame ne pas adhérer à « ces sectes de l’hominisation enfermées dans leurs chapelles de certitudes, celles qui évoquent un élan vital, un alpha et un oméga, ou encore des attracteurs étranges sans oublier de curieux arbres fractales annonciateurs de l’homme » (SIC).

Nous voilà prévenu⋅e⋅s.

« Les hommes se montrent très inventifs pour faire sortir l’humain de la nature. Pour ma part, je me contente d’être à la recherche de l’homme, comme Diogène, mais à la lumière de ma lanterne scientifique. Actuellement, on ignore si la lignée dont sont issus les hommes s’est séparée de celle qui a produit les chimpanzés d’aujourd’hui an Afrique de L’Est avec Orrorin, le “fossile du millénaire”, ou en Afrique de l’Ouest avec Toumaï, annoncé avant l’été 2002. Seule certitude, ces fossiles confirment nos origines africaines. « Pascal Picq, 2002, discours à la Cité des sciences et de l’industrie

Où pourrait-on trouver des traces des origines de notre humanité ? En cherchant des origines de l’humain ?

Tout ce que nous partageons avec les grands singes, les bonobos d’Asie ou encore les chimpanzés d’Afrique, provient de notre ancêtre commun. Un ancêtre dont nous ignorons toute l’évolution qui a mené aux grands singes − existants par le « jeu des possibles légué » par cet ancêtre commun.

Pour Pascal Picq « ce sont là les fondations communes de nos comportements, à partir desquelles s’est construite notre humanité ». Il y entre 4 et 3 millions d’années avec la diversité des australopithèques, couvrant l’Afrique. Il est connu à ce jour 8 espèces d’australopithèques dont 5 contemporaines à cette bifurcation, 4,2 et 2 Millions d’années, dont Lucy, 3,18 millions d’années.

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Phylogénie des genres actuels et fossiles d'homininés dans Wikipédia francophone − Australopithèque

« […]Christophe Bœsch, éthologue-anthropologue qui a retrouvé les chimpanzés briseurs de noix : “Après vingt ans passés chez les chimpanzés je ne me suis jamais senti chimpanzés et les chimpanzés ne se sont jamais sentis homme » Depuis, la plupart des Chimpanzés de Christophe Bœsch ont été décimés par le virus Ébola. Signe que nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire. Pour ceux qui refusent qui refusent à partager ces pans d’humanité avec les chimpanzés − le nom scientifique des chimpanzés est Pan ! −, précisons que depuis nos origines communes, la lignée des chimpanzés et celle des hommes n’ont cessé de diverger. Nous n’avons jamais été aussi différents » Pascla Picq, 2002.

C’est là le seuil du genre Homo.

Bouleversement climatique

Un coup de froid et un peuple disparait. Glaciation du Quaternaire et entre 3 et 2,5 millions d’années les australopithèques en sont victimes décimées. Un contexte environnemental avec un climat plus sec et plus saisonniers en Afrique, plus de glace ailleurs, notamment aux pôles, retenant l’eau donc moins de pluie − Les savanes s’élargissent et les forês perdent du terrain. Apparaissent alors Zinj − Homo ergaster ou australopithèque robuste −, Homo Habilis et Homo Rudolfensis. Ces arrivant⋅e⋅s ont des points communs : outils en pierre taillée, bipédie, manger de la viande. Cependant la taille du cerveau sont plus grands et la bipédie plus affirmées que les précédents et ancêtres australopithèques. Des items partagés tout de même entre espèces.

« Ainsi, ce que l’on tient pour le propre de l’homme se retrouve plus ou moins affirmé chez plusieurs espèces contemporaines d’Afrique entre 2,5 et 1,5 millions d’années » Pascal Picq, 2002, Cité des sciences et de l’industrie.

Bouleversement migratoire

Dans ce contexte, des Hommes « sortent d’Afrique » (SIC), comme sortir du berceau fondateur, « peut-être l’un des actes fondateurs de l’humanité en devenir ».

à Dmanisi, Géorgie, de 1991 à 2005 de fouilles révèlent des fossiles d’hominidés, Homo georgicus dont la descripton avant l’été 2002 fait dire à Pascal Picq : « Grâce à [ces] des fossiles découverts […], cet événement [la migration] pourrait être attribué à des “hommes” proches d’Homo habilis et remonterait à près de deux millions d’années. Selon moi ce sont là les premiers hommes eu sens strict du terme : des grands singes bipèdes qui se sont affranchis du monde des arbres et sont capables de survivre sous d’autres latitudes ».

Il est avéré que ces “hommes” inventèrent les outils symétriques, la construction d’abris, et maîtrisent le feu à partir de 1,7 million d’années. Ce qui fait ou fera l’humain passe alors contemporainement via l’Afrique et hors de l’Afrique par le « jeu des possibles légué ». Il y a pourtant un vide important de traces entre 1,7 et 0,7 millions d’années, laissant place à des incertitudes (encore une fois). Un periode durant laquel tous autres hominidés disparaissent pour ne laisser que le genre Homo.

« Que se passe-t-il au sein du genre ‘Homo’ ? Combien d’espèces d’hommes se succèdent-elles au cours de cette période? les scientifiques se disputent. Disons que depuis la souche ‘Homo ergaster’, il a une branche européenne, qui donne Néandertal, une africaine, qui donne l’homme moderne −nous−, et une asiatique, que nous appellerons “hommes de Solo”, pour faire simple » Pascal Picq 2002, Cité des sciences et de l’industrie.

Il y a eu cohabitation (peut être même plus depuis le discours de 2002) entre Homo Sapiens, nous les Cro-Magnons, et Homo Neandertalis, les premiers Hommes modernes, entre 110 000 et 50 000 ans au Proche-Orient. Il y a eu les mêmes « complexes culturels » partagés entre ces deux types d’Hommes.

« D’emblée, il faut récuser cette idée obsolète qui a encore cours dans nos manuels scolaires et selon laquelle à un type d’hommes est associé un type de culture préhistorique. Force est de constater que deux types d’hommes, deux espèces biologiquement différentes − Homme Sapiens et Homo Neandertalis − constituent une même humanité, une seule humanité à plusieurs visages » Pascal Picq, 2002, Cité des sciences et de l’industrie.

Ces deux contemporains aménagent des sépultures, disposent des offrandes autours de corps, enterrent les corps. Ils disent qu’ils conçoivent un autre monde après à la mort, tout du moins un après qui compte pour elles et eux en qualité d’individu et au sein d’un groupe. La question de l’origine de ces pratiques socio-culturelles doit-être et est encore aujourd’hui interrogée. Origine par un ancêtre commun ? Il existe le site de Gran Dolina avec un « puit aux ossements », site d’au moins 300 000 ans, avec des traces de manipulation des ossements, témoignages « d’une chapelle ardente » prénéandertalienne − presque 190 000 ans avant.

Les glaciations seront les théâtres des disparitions des tous les hommes, sauf Homo Sapiens, sauf nous. « Pourquoi nous et pas les autres ? ». Pourquoi des espèces de l’humanité ont précédemment disparu et pas nous ?

Homo sapiens en quête d’humanité

Les hommes de Cro-Magnons au sens-strict, « tout aussi Homo Sapiens que nous », traversent les terres, c’est l’expansion géographique entre 60 000 et 40 anns avant notre ère acteulle.

« Les origines de notre espèce Homo sapiens sont certainement africaines et remontent à 200 000 ans. Mais une révolution symbolique arrive, portée par certaines populations d’Homo Sapiens : la révolution symbolique, avec l’art qui apparaît sous toutes ses formes − musique, gravure, peinture, sculpture, parures et mobiliers funéraires »

Pascal Picq prend en l’exemple « nombre de paléoanthropologues » qui estiment que seules certaines populations de Cro-Magnons comme porteuses d’une « formidable révolution cogintive » avec représentation symbolique de nos mondes. « Dès lors c’est comme si une seule epsèce d’une lignée jadis florissante avait pu perdurer sur la terre ».

« Pour eux, seules quelques populations de Cro-Magnon auraient bénéficié d’un surgissement de l’humain, sorte de révélation spontanée de notre évolution. Il est aussi élégant et commode de faire jaillir l’humain d’une mutation cognitive qui le conduisit à dominer le monde ».

Il s’agit ici « d’acharnement » (SIC) à déshumaniser les autres Hommes, en premier de tous Neandertal. Un procédé dans lequel l’humain n’est pas, voir jamais, défini clairement, « sauf sur le ton de l’évidence ». Là, tout ce qui « n’est de l’homme rangé sous la bannière de l’homme au sens de l’humain se voit rangé sous la bannière des bannis, des non-humains ». Une figure de style de l’exclusion sembable à la controverse de Valladolid, du milieu du XVIè. s. (au but de définir officiellement la légitimité ou l’illégitimité de l’esclavage des peuples amérindiens), qui consiste à la négation de toute humanité à l’autre.

Pour Pascal Picq (en 2002), il y a un propre de l’homme puisque l’homme existe et l’humain est évidence que doit être retravaillée et redéfinie à la « lumière des connaissances apportées par les paléoanthropologues et les éthologues ».

« L’homme est-il un “animal-plus, c’est-à-dire un être vivant qui se distingue, s’émancipe de cette condition par l’acquis d’un caractéristique unique −Bipédie, culture, pensée symbolique, etc.− ou faut-il le débarrasser de cet ancrage animal et “empêcher toute sorte de communauté ontologique entre l’animal et l’être humain” {Heidegger cité par Peter Sloterdijk in Règles pour les parcs humain} ». Pascal Picq, Collège de la cité des sciences et de l’industrie, 2002.

En 2002 déjà, toujours P. Picq, l’anthropologie et l’éthologie avaient d’ores et déjà accumulé assez de connaissances pour invalider la première conception. Toutes les caractéristiques de l’homme se retrouvaient et étaient décrites chez les sœurs et frères d’évolution les chimpanzés. Resterait, peut-être pour les profanes, la question du langage entre les grands singes et les Hommes.

« Washoe est connue pour avoir été le premier primate non-humain à acquérir un langage humain (la langue des signes américaine) » (Wikipédia. Sarah Anne, chimpanzée décédée en juillet 2019 à l’âge de 59 ans, avait appris le langage des sourd⋅e⋅s muet⋅e⋅s.Gordon Gallup, psychologue américain lui propose de trier une série de photographie d’individus qu’elle connait, animaux et hommes, et aussi des chimpanzés avec lesquel⋅le⋅s elle vit. Gallup lui demande de séparer un deux camps, un par pile de photo, les humains et les animaux. Sarah Anne place, sans hésitation, les animaux d’un côté dont son père qui ne maîtrise pas langage des signes et dans l’autre pile les femmes et les hommes qu’elle connait ainsi que sa propre photo.

« Cela me rappelle la phrase célèbre de Julien-Joseph Virey : “Nous naissons singes, c’est l’éducation qui nous fait hommes” » Pascal Picq, collège de la cité des sciences et de l’industrie, 2002.

La confrontation avec la question (ou les questions) de l’origine de l’humaine revient sans cesse. Selon Pascal Picq, « l’humain est loin d’être une évidence qui va de soi. C’est une construction de notre psychisme qui s’appuie, nécessairement, sur un substrat cognitif dont les origines remontent au-delà du dernier ancêtre commun que nous partageons avec les chimpanzés ».

« Au cours de leur évolution, les chimpanzés ne sont pas devenus des hommes ; quant aux hommes, il n’est pas encore certain qu’ils soient devenus humains ».

Une de chose qui nous permet, chose dans laquelle nous piochons autorité, de discuter de l’humain se compose de nos capacités cognitives. Ces capacités procèdent de notre évolution, ces capacités sont construites avec de fondements partagés avec les espèces sœurs. « Par conséquent, les capacités à être humain se manifestent chez plusieurs lignées, à commencer par celles qui nous ont quitté récemment, les Néandertaliens ». Souvenons-nous que l’une des preuves, « aussi magnifique que réduite de ce que nous sommes », la pensée symbolique est partagée avec plusieurs populations d’Homo Sapiens et non pas une exclusivité de notre seule espèce. Une révolution aux multiples visages qui s’est diffusée « comme une trainée de poudre d’ocre sur la terre des hommes ». L’humain est alors, selon Pascal Picq, « bien une invention des hommes, qui repose sur note héritage évolutif partagé mais n’est pas une évidence pour autant ». Ce n’est effectivement pas Homo Sapiens qui inventa l’humain et il n’est pas humain de fait. Il reste à Homo Sapiens, il nous reste, à devenir humain, effort et non évidence que nous oublions beaucoup avec persistance. « C’est un devoir d’humanité ».

NDLR : Dans son discours, Pascal Picq nous invite à relire la « Lettre sur les Chimpanzés Plaidoyer pour une humanité totale » de Clément Rosset.

Il y a également des risques à être trop prompt à définir l’humain, tout autant par tentation que par dessein politique (le capitalisme avec son marketing de facilité est fer de lance actuel). Notre histoire récente nous montre et nous rappelle toutes les horreurs commises au titre de l’exclusion de celles et ceux qui étaient moins humain⋅e⋅s ou non-humain⋅e⋅s selon des définitions faisant violence au reste du monde. Un emporte pièce qui n’a de cesse de se heurter à sa propre contradiction consistant dans une logorrhée d’une homme non-animal, sauf lorsque cet homme commet des atrocités inhumaines.

« Depuis que des hommes sont sorti d’Afrique, il y a 2 millions d’années, ils n’ont eu de cesse de courir vers d’autres horizons, comme pour fuir leur condition ancestrale ». Pascal Picq, collège de la cité des sciences et de l’industrie, 2002.

Une course, « quête insensée », qui nous amène à « ignorer ce que nous sommes » qui se trouve à coté de nous. « Comme si devenir humain était une quête d’émancipation et de liberté étouffée dans un corps simiesque ». C’est l’évolution qui nous offert cette permission.

« Les ancêtres chimpanzés ont eu aussi cette chance. Les hommes l’ont incomplétement saisie. Je ne pense pas qu’ils soient les seuls. Nous commençons tout juste à nous rendre compte que l’humain − les promesses d’humanité − ne sont pas si uniques que cela. Il suffit de s’ouvrir au monde » Pascal Picq, Collège de la cité des sciences et de l’industrie, 2002.

La distinction entre nature et culture n’est pas étanche, ni une ligne franche surgie du doigt. Nous partageons aussi l’immense majorité de notre matériel génétique avec beaucoup des sœurs et frères cités ici. Pourtant, alors que l’homme des origines n’est plus une énigme, la définition de l’humain demeure difficile. Un effort, un cheminement, dont nous portons le devoir à l’endroit de nous-même et à autrui.

Merci à toutes les personnes qui soutiennent les efforts par leurs dons


Xavier Coadic

Xavier Coadic

Human Collider

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