Cuvettes et specs, des suspects invisibles
- 11 minsUne fabuleuse histoire d’une quête rocambolesque qui nous mène dans les méandres du spectre invisible à l’œil humain.
Mes suspects sont des invisibles, des spectres qu’il me faudrait qualifier avec mesures.
Posté devant la fenêtre
Je quête
Les spectres à mesurer
À la faveur de l’eau bonnePosté devant la fenêtre
Je regrette
De n’y avoir songé
Maintenant que tu scroll downÀ la faveur de l’eau bonne
Revient cette douce mélancolieUn, deux, trois, quatre
Un peu comme on fredonne
De vieilles mélodies
Tout avait commencé peu après “Training in infrared spectrometry and biossay on water samples during heavy rains”, à la fin de l’automne 2024. De fortes pluies en Bretagne, des personnes très motivées, des tests cliniques d’écotoxicité sur des graines et des mesures d’ondes hors du spectre visible.
Ensuite, une petite aventure annexe de radio avait pris la majorité de ma bande passante disponible. C’est aujourd’hui entre « Récits, histoires, Histoire, mémoires de luttes : étincelles pour questionnements » et « Des Vagues de la Révolte. Collectif artiviste, écologiste, anticapitaliste et décolonial de défense de l’Eau » qui reprend la quête « Combiner spectrométrie et bioessais dans nos analyses des eaux ». C’est promenade sonores et phoniques sont autant de fenêtres ouvertes sur des paroles, des parcours, des luttes. Parfois cela ressemble à des tempêtes dans un verre d’eau.
À force d’histoires de luttes des eaux, mes suspects, ces substances présentes dans nos eaux avec les molécules qui vibrent à la stimulation d’une lumière infra-rouge m’obsédaient encore et encore. Or, pour poursuivre dans ce chemin d’enquête il me faut résoudre un problème de cuvettes.
Pour coincer ces suspects et leur faire dire des choses, je les mets dans des cuvettes. Dans l’univers de la spectrométrie, les cuvettes sont un monde en soi.

Les polluants, les contaminants, sont issus de décisions humaines qui composent la politique d’une société. Vivre avec et dans ces polluants et contaminants, essayer de les capter et de les faire apparaître c’est aussi ouvrir des fenêtres sur nos mondes1.
La vie c’est un comme de l’eau, elle ne suit pas un cours parfaitement linéaire. Elle est parfois tempétueuse. Les interruptions dans ma quête sont nombreuses, cependant elles ne sont pas sans avoir de sens.
Tempêtes par les fenêtres
Les tempêtes et les institutions, j’en avais écrit des longues notes.
La crise remet du politique dans le processus.
Les pratiques et les routines qui font exister l’Institution sont actualisées par des individus, il y a un espace normatif qui les acteurs peuvent combler.
La « crise » ouvre un espace qui permet de redéfinir les règles de constitutions de l’Institution.
Des acteurs peuvent avoir intérêts à la « crise », il y a donc des usages sociaux de la crise.
En 3 phases :
- Invoquer la crise c’est créer le sentiment d’urgence.
- La réforme d’une Institution : se réforme dans le cadre discursif de crise.
- Dans la narration de la stabilité : il s’agit de justifier sa légitimité par l’Institution pour la mettre au service d’une stabilité.
La tempête Gezani venait d’atterrir avec violence sur l’île de la Réunion, puis sur Madagascar. La tempête Nils a fait de gros dégât dans l’hexagone français. Et c’est aussi le rush des campagnes pour les élections municipales.
Pourquoi je lie ces deux événements ?
Il y a 22 000 communes en France. Ces communes peuvent installer un plan communal de sauvegarde (PCS) ou intercommunal2.
« Élaboré par læ maire, le plan communal de sauvegarde (PCS) est un dispositif opérationnel permettant d’organiser et de coordonner la gestion de crise au niveau local en cas de catastrophe naturelle ou technologique. Il a pour objectif de protéger les habitant·e·s, les biens et l’environnement en cas d’événement majeur en prévoyant des mesures de prévention, de préparation, de gestion de crise et de retour à la normale. »
Seulement 55% des communes ont mis en place un PCS3 (Et si on creuse dans la réalité effective des PCS c’est pas rassurant non plus).
Il n’y a pas de catastrophes naturelles ! Les catastrophes sont issues de choix et décisions humaines sur lesquelles des événements météo, climatiques, géologiques, physiques viennent s’empaler. Il est alors « temps » de bien regarder les programmes des partis dans vos communes et de poser des questions avec répétions aux co-listières et co-listiers jusqu’à obtention de réponses claires et sans langues de bois.
La « Crise » représente une tension avec un futur non advenu. Elle met l’institution a nue, elle a donc un caractère processuel. La « crise » est d’abord un rapport au temps alors que l’institution est force dite pérenne qui n’est pas prise dans les contingences.
Le réflexe communément acquis consiste à se plonger dans une croyance messianique dans le programme (politique, informatique) qui procède d’un ensemble d’instructions prédéfinies, articulées, temporalisées, avec l’espoir d’apporter des résolutions de problèmes à identifier depuis ce qui établit dans le récit de la « Crise / Catastrophe », avec des rapports de pouvoirs et de dominations.
Les conséquences des décisions humaines sont en quelque sorte de spectres qui planent dans nos quotidiens. Nous en faisons l’expérience matérielle douloureuse lorsque frappent les catastrophes. Les polluants, les contaminants, les crises, les catastrophes, les migrations, les rapports de domination sont un peu des signatures de différents spectres.
Everyone you meet has a purpose and a story
J’ai rencontré Mo à Estoril, au Portugal. Il avait fui son village, les guerres et la perte d’accès aux ressources de base vitales.
Je n’avais plus eu de nouvelles de lui depuis. Jusqu’à hier. Mo m’a écrit. Un message E2EE, soit dit en passant.
Il a quitté Lisbonne. Il a essayé de gagner sa vie en travaillant dans des fermes. Les conditions de vie étaient déplorables. Puis les tempêtes et les intempéries ont détruit beaucoup de choses.
Mo est épuisé.
Je lui ai demandé, ainsi qu’à un⋅e de mes ami⋅e⋅s qui a accepté de l’héberger. Je croise les doigts, cela devrait être réglé dans quelques heures ou un jour.
Mo de demande de raconter mon quotidien, l’origine et les raisons des mes engagements.
Aujourd’hui, j’ai tenter de réfléchir à cette situation. Mais honnêtement, Kim Crayton est plus affûtée que moi que ça4 :
« Il n’existe aucune version de votre libération qui ne nécessite pas le démantèlement des systèmes qui vous privilégient au détriment d’autrui. Il n’existe aucun combat pour un avenir sans suprématie, coercition, discrimination ou exploitation qui ne vous laisse indemnes. »
C’est Mo qui s’est mis en tête de trouver un fabriquant de cuvettes en Espagne. Il a trouvé : Delta Lab Group.

Des specs, trope de specs
Les polluants, les contaminants, les crises, les catastrophes, les migrations, les rapports de domination sont regardés, décrits, analysés, interprétés avec des « fenêtres », avec des optiques et des angles qui comportent tous autant de spécifications qui influent sur l’enquête et ses rendus.
Pour ma petite quête, voici celles que j’ai dans la ligne de mire à ce jour et dont je cherche à confirmer la fiabilité :
- Range application from 230 to 900 nm
- UV-Cuvette semi-micro 1.5 ml to 3.0 ml
- with standard deviation 240 nm ≤ ± 0.007; 300 nm ≤ ± 0.005.
- Dimension: 45 mm × 12.5 mm
- Filling volume min. 1.5 ml
- Light path 10 mm
- Material UV-polymer
J’ai contacté le SIR : Spectrométries Infrarouge & Raman, de l’Université de Rennes, pour avoir des discussions et une rencontre. Une fenêtre sur la recherche universitaire.
Il me faut de la transparence dans la fenêtre de ma cuvette, une que je peux quantifier. Il me faut mille cuvettes pour faire des séries d’analyses qualifiées.
Je dois la transparence sur mes pratiques et mes approches afin de rendre explicites l’optique et la fenêtre que j’utilise pour regarder des spectres.
Observer, analyser, interpréter, dire le monde à travers les chiffres, la mesure, la quantité peut aider à prendre des décision ; aussi à fournir des éléments d’explication et de compréhension.
Les chiffres et les mesures sont des repères.
Cependant, cela ne peut contenir seul en soi la description des complexités qui font ce monde et ces mouvements.
« Notre temps serait victime de « quantophrénie », de confiance immodérée et presque monomaniaque dans l’abstraction de chiffres et de nombres devenus le langage dominant de l’agir politique. C’est ce qu’Alain Supiot entend démontrer dans ce cours au Collège de France déployé sous un double horizon scientifique et militant. »
Jacques Le Goff Alain Supiot. La gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (2012-2014) ? (2016) https://doi.org/10.3917/pro.349.0090
Toute fenêtre est un trope.
Maintenant, je passe par une fenêtre pour poursuivre les aventures direction Nancy et le procès de Nestlé Waters qui aura lieu fin mars 2026. Et je continue à chercher des cuvettes pour analyser les eaux sur place.
Notes et références
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Voir : Algues vertes, l’histoire interdite by Pierre Van Hove and Inès Léraud (2019) ; Christelle Gramaglia*. Habiter la pollution industrielle - Expériences et métrologie citoyennes. Presses des Mines (Paris), 268 pages. EAN 9782356718822 ; Quand la nature s’effondre. Comprendre les transitions abruptes dans les écosystèmes. Par Alexandre Génin Modélisations, simulations, systèmes complexes. 2023. Éditions Matériologiques ; Anthropologie de l’aide humanitaire et du développement. Des pratiques aux savoirs, des savoirs aux pratiques. Sous la direction de Laëtitia Atlani-Duault et Laurent Vidal. Hors collection. 2009. Armand Colin ; Mondes Toxiques. Volume coordonné par Birgit Muller & Michel Naepels. Publié en janvier 2021 ↩
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https://www.securite-civile.interieur.gouv.fr/reagir/comment-se-preparer-face-aux-risques/plans-communaux-et ↩
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https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-11/20251114-S2025-1495-Systeme-dalerte-et-communication-a-population-en-situation-de-crise.pdf ↩
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Je vous mets ici le texte intégral en anglais: “When you call yourself an “ally,” it tells me something. It tells me you still believe you stand outside the harm. It signals that you see yourself as adjacent to injustice rather than fundamentally shaped by, and benefiting from, the systems, institutions, and policies that create it. It suggests that your involvement is a favor. A charitable offering. A voluntary add-on to a struggle that isn’t really yours. But the freedoms you claim to seek are tied directly to the oppression of others. There is no version of your liberation that does not require dismantling the systems that privilege you at someone else’s expense. There is no fight for a supremacy-, coercion-, discrimination-, or exploitation-free future that leaves you untouched. So this work cannot be about “allyship.” Allyship implies distance. It implies choice. It implies that you can opt in and out depending on comfort. This is work for co-conspirators. Co-conspirators understand that they gain or lose based on collective effort. They know their well-being is bound up with the well-being of the most vulnerable. They prioritize and elevate the voices, issues, and leadership of those most impacted. Not as charity, but as strategy and truth. For white folx, this requires something deeper than solidarity statements and book clubs. It requires actively working against the internalized indoctrination of the myth of white supremacy. It requires interrogating how that myth has shaped your identity, your fears, your relationships, your understanding of safety and power. It requires relinquishing the need to lead, to be comfortable, to be praised for “doing the work.” It requires humility. Your support is not a favor. It is your payment for being in community with people who possess the knowledge, skills, and courage to lead the way toward a more just future. A future that frees you from being complicit in the infliction of harm that supremacy demands. If you are still asking how little you can do and still be considered “good,” you are not ready. If you understand that your humanity is incomplete while others are oppressed, and that we get there together or not at all, then welcome. But “allies”? Need not apply. ↩
Merci à toutes les personnes qui soutiennent les efforts par leurs dons
Xavier Coadic
Human Collider