Du 22 au 26 mars 2026 se tiendra à Nancy, Lorraine, France, se tiendra un procès contre Nestlé Waters, filiale du groupe Nestlé. Une première du genre.

Prévu du 24 au 28 novembre 2025, ce procès de Nestlé Waters a été reporté par le parquet de Nancy qui instruit le dossier. Un report voulu par les défenseureuses de l’environnement, les militant⋅es, les associations dans ce dossier qui porte sur les décharges illégales vosgiennes de la filiale du géant suisse de l’agroalimentaire.

La mairie de Vittel est perfusée depuis les années 1930 à la surtaxe sur l’eau payée par la Société des eaux puis par Nestlé − 3 848 039 d’euros (en 2022 − Cour des Comptes, p.35) qui lui permettent d’être le troisième budget municipal des Vosges.

Nestlé est au capital de la société des eaux de Vittel depuis 1969. Alors que le marché des bouteilles d’eau dans le transport de passagers par avion s’accroît, l’usage du verre pour le bouteilles d’eau dite « minérale » est un problème pesant. Nestlé prend alors 30% des parts du capital pour engager la transition dans des unités d’embouteillage des eaux extraites des sous-sols dans des bouteilles plastiques.

En 1992, Nestlé Waters rachète la Société des eaux de Vittel.

Dès les années 1970, le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) tire le signal d’alarme : le gîte C est surexploité annuellement à hauteur de plus de 3 milliards de litres, alors qu’il ne s’en recharge que 2 milliards. Un déficit annuel de plus de 1 milliard de litres, imputable en grande partie à Nestlé.

Malgré cette alerte, ce n’est qu’en 2009 grâce à une Directive Cadre Européenne qu’est mise en place une Commission Locale de l’Eau (CLE) chargée de remédier au déficit. Il aura fallu attendre 40 ans et surtout l’intervention de l’Union Européenne, pour que soit reconnue l’importance de protéger cette nappe.

Collectif eau 88 qui réunit quatre associations
Oiseaux Nature, Vosges Nature Environnement, Association de Sauvegarde des Vallées et de Prévention des Pollutions, UFC Que Choisir 88. Eau Éd. La relève de la Peste. 2025

Le chemin jusqu’à cet évènement qu’est le procès à venir fut long et douloureux. Je vous écris ici certains faits et éléments depuis 2016.

2016 et la commission locale de l’eau d’Épinal

Bernard Schmitt était revenu dans les Vosges avec son épouse pour prendre leurs retraites. Bernard se retrouve à siéger à la Commission Locale de l’Eau (CLE), organe important de la démocratie à l’échelle localeLes Commissions Locale de l'Eau (CLE) sont sous le feu des pressions de la FNSEA dépuis les « Mégabassines » et en 2026 le premier ministre Lecornu a sabordé la participation de l'État dans ces commissions. Voir Pas Sage En Vilaine, émssion radio janvier 2026.

Pendant 6 mois, Bernard aidé par d’autres personnes va constituer un dossier solide présenté en Juillet 2016. Dans les collections et recoupement d’informations il s’aperçoit d’un « secret de polichinelle » au niveau local. La présidente de la CLE, aussi conseillère départementale et adjointe au maire de Vittel est mariée à un cadre du groupe Nestlé.

Le 5 Novembre 2012, Madame Claudie Pruvost, adjointe à la mairie de Vittel et conseillère départementale, a été nommée présidente de la Commission locale de l’eau (CLE). La CLE est en charge d’élaborer et de réviser le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE). La CLE a également pour mission de rechercher des moyens de financement et d’organisation de la mise en œuvre d’aménagement et de gestion de l’eau. Elle réalise l’essentielle de sa mission via une association, LA VIGIE DE L’EAU.

Ainsi, de 2010 à 2016, l’association LA VIGIE DE L’EAU a été chargée de tenter d’équilibrer les volumes d’eau prélevés dans la nappe phréatique de Vittel et les recharges de cette nappe. A ce titre, l’association LA VIGIE DE L’EAU recevait des instructions de la CLE et de sa présidente relativement au pompage de l’eau dans la nappe phréatique de Vittel, exploitée principalement par NESTLE-WATER et la fromagerie l’ERMITAGE. La nappe est également la seule source d’approvisionnement en eau potable des habitants du secteur de Vittel. La Vigie de l’eau est financée à hauteur de 300 000 euros par l’entreprise NESTLE-WATERS.

Or, il se trouve que l’époux de madame Claudie Pruvost, président de l’association LA VIGIE DE L’EAU, est également cadre dirigeant au sein du groupe NESTLE.

Association AntiCor, archive

En octobre 2016, ANTICOR avait procédé à un signalement auprès du parquet d’Épinal.

En 2016, la CLE propose une solution pour pallier le déficit du gîte C. Elle consiste à exclure la population locale de la consommation de cette eau pour lui faire boire une eau venue d’ailleurs, avec la construction d’un pipeline, et conserver la réserve d’eau pour l’embouteillage.

En mars 2017, après une « Alerte sur le déficit d’eau dans l’ouest vosgien », les exigences des associations environnementales siégeant à la CLE (Commission Locale de l’Eau) d’Épinal n’ont été que partiellement prises en compte et le Préfet avait nommé une nouvelle CLE dont l’ex présidente, conseillère départementale et adjointe au maire de Vittel, fait toujours partie. « L’ex présidente ne s’est pas portée candidate à sa réélection mais s’est quand même fait élire (à l’unanimité de son collège) au bureau de l’instance ».

We Report un collectif international de journalistes indépendant⋅es d’investigation et de reportage commençait à enquêter sur le cas Nestlé à Vittel.

2018 l’entrée de Médiapart dans l’arène

En 2018, Robert Schmidt, journaliste de We Report publie pour La Cité « À Vittel, l’eau de Nestlé ne coule plus de source »qui sera repris dans Mediapart.fr.

Une enquête détaillée, précise, documentée, sourcée, appuyée de témoignages. Elle est la première du chapitre Water Stories qui a ce jour comporte des publications jusqu’à novembre 2025.

On perçoit dès la première publication l’immensité du cas « Nestlé à Vittel », le poids historique et les enchevêtrements de collusion, corruption, influence à très forte sommes d’argent.

En Novembre 2019, l’association ANTICOR se portait partie civile devant le tribunal correctionnel de Nancy.

Dans l’onde de fond de l’univers du journalisme d’investigation une radiation s’amplifie avec la disponibilité des Lux Leaks (2014), Panama Papers & Bahamas Leaks (2016), Malta Files et Paradise Papers (2017) commencent à permettre de connecter les points entre évasion fiscales, optimisations, influences, financements de personnalités et de partis politiques. L’outil de recherche DATA de l’OCCRPIl deviendra aleph, puis passera en code source fermé est publié depuis 2016.

Le cas de Nestlé à Vittel commence à faire les gros titre des presses nationales dans l’hexagone français. Cela ne se fait pas sans rapports de force et dominations entre journalistes salarié⋅es, investigateurices, lanceureuses d’alerte, freelance, pigistes, et entreprises de la presse et de l’information.
Le cas Neslté à Vittel dépasse la ville des Vosges et il commence à ressembler à un gros dossier avec ses juteuses révélations. La « révélation » est l’un segments du marché de l’information.

2019 annonce de premières dates d’un premier procès

C’est encore Robert Schmidt avec Alexander Abdelilah, journalistes de We Report, qui publient « À Vittel, bientôt le procès de Nestlé ». Cela concerne notamment une association à but non lucratif qui intervient entre autres dans les écoles.

C’est un procès qui va faire grand bruit. Le parquet de Nancy s’apprête à annoncer la date d’un procès pour prise illégale d’intérêts en faveur de Nestlé à Vittel
Robert Schmidt, Médiapart − 1 septembre 2019

On y retrouve Claudie Pruvost, l’édile repérée en 2016, qui « était également représentante du conseil départemental au Comité départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), dans le cadre duquel elle a voté une demande d’autorisation de forages supplémentaires pour Nestlé Waters ».

« Autre signe du noyautage du territoire par la firme suisse, la présence de ses cadres, actuels ou anciens, dans plusieurs associations influentes de la région. En examinant les statuts de l’association La Vigie de l’eau, présidée par le mari de Claudie Pruvost et chargée de gérer le schéma d’aménagement en eau de la région jusqu’en 2017, on trouve ainsi, sur les sept membres que compte le bureau, pas moins de trois anciens cadres de Nestlé qui se sont succédé.

Sa vice-présidente depuis 2014 et ancienne chargée de mission à l’Institut national de recherche en agronomie (INRA) Michelle Cussenot nie en bloc toute ingérence de Nestlé. ».

La Vigie de l’eau est financée à hauteur de 300 000 euros par la multinationale suisse. L’audience sera tenue le 15 septembre 2021 au Tribunal correctionnel de Nancy.

L’association Vosges Nature Environnement a calculé que Nestlé Waters seul devrait être responsable de plus de 80% du déficit hydrique dans la zone depuis 1992.

Nestlé s’appuie sur le projet de pipeline (2016 par Pruvost en CLE) pour l’acheminement en eau, qui aurait coûté entre 15 à 30 millions d’euros. Or À la fin de l’été 2019, suite aux interventions du Ministère de la transition écologique, le projet de pipeline est abandonné et l’alternative proposée par les associations locales est préconisée. Face à cette décision externe qui s’impose à elle, la CLE abandonne le pipeline. Il n’apparaîtra désormais plus dans les documents du SAGE qui feront l’objet d’un vote en juin 2022.

De plus, le principe d’un Observatoire de l’eau sur les trois gîtes est entériné. Nestlé Waters annonce rétrocéder deux forages du gîte B à la population. L’observatoire de l’eau aura pour objectif de mesurer les prélèvements, la distribution et la qualité de l’eau dans les trois gîtes. Il est initialement promis pour fin 2020, mais retardé principalement par les aléas liés crise provoquée par la pandémie de COVID 19. Les travaux préparatoires démarrent fin 2024 et une première version pourrait être disponible en janvier 2026.

2020 Communication, procédure en cours et simplification judiciaire

En Janvier, à Vittel, l’État français et la société Nestlé Waters s’accordent sur une déclaration d’intention commune. Nestlé est autorisé à continuer à pomper de l’eau, mais veut le faire de manière plus « durable ». Malgré les incohérences, les risques, les méfaits relevés par la Commission Locale de l’eau.

Éric Dupond-Moretti devient ministre de la justice en Juillet 2020. Très vite il porte la transposition du dispositif « convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) » (loi Sapin II (2016)) dans le le code de l’environnement et infractions connexes. Pour le dire en terme simple : une entreprise peut maintenant proposer au parquet lorsque une enquête est ouverte de payer afin d’éviter la poursuites de l’enquête.

C’est une modalité « amiable » qui a pour effet d’éloigner les risques de jugement et de condamnation pour délit d’écocide − loi dite Climat et résilience, promulguée le 22 août 2021.

La procédure judiciaire pour prise illégale d’intérêt au tribunal de Nancy est en cours et l’information est publiée et relayée dans plusieurs titre de presses en France et hors de France.

En cette années 2020, les associations du collectif Collectif eau 88 déposent une plainte pénale auprès du procureur de la République d’Épinal pour prélèvements et traitements des eaux illégaux. Celui-ci la classe sans suite après consultation de la Préfecture attestant de la régularité des prélèvements - après avoir fait le constat du contraire en l’absence d’acte administratif probants.

En Février 2021 sortent les OpenLux puis les Pandora Papers en octobre.

2021 Claudie Pruvost reconnue coupable de prise illégale d’intérêts et la médiatisation des décharges plastiques

Le 17 novembre 2021, Claudie Pruvost a été condamnée à 5 000 euros d’amende et à 3 mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêts, tandis que la Vigie de l’Eau est condamnée à une amendre de 8000 euros.

L’affaire des décharge plastique entre dans l’arène médiatique.

3 décharges principales sont identifiées. La première, sous la forme d’une colline de déchets plastique recouverte de terre et de végétation, d’une dimension de 100 m de long, 30 m de haut, 50 m de large et d’un volume total de plus de 100 000 m³ dont 42 000 m³ de plastique. Les deux autres sont enfouies, l’une dans un champ clôturé à 20 km de Vittel et l’autre dans l’enceinte de l’usine de Contrexéville. Elles représentent ensemble un volume total de 270 000 m³ de plastique.

L’enquête des associations et journaliste pointe un abandon ces décharges polluantes depuis 50 ans. Des dizaines de milliers de m³ de bouteilles en plastiques enterrées entre 1960 et 1970 dans des fosses des communes avoisinantes sont repérés qui seraient le fait des prédécesseurs de Nestlé Waters sur le site. Les représentants de Nestlé Waters ont quant à eux indiqué avoir eu connaissance de ces décharges depuis 2014.

En 2021, la « Commission d’enquête parlementaire relative à la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés et leurs conséquences” (Rapport n°4376 de juillet 2021), présidée par la députée Mathilde Panot (LFI) et rapportée par le député Olivier Serva (LREM), se rend à Vittel et se penche sur les conséquences environnementales des prélèvements de Nestlé, les forages illégaux et les décharges plastique.

ARTE diffuse « À sec, la grande soif des multinationales » sur les différentes luttes en France et en Allemagne contre la prédation des eaux par les multinationales et relaie les préoccupations et auditions de la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale.

2022 Crise commerciale et réouverture d’enquête judiciaire

Outre Rhin, des associations de consommateurs allemandes mettent en œuvre un boycott des eaux de Nestlé en raison de la médiatisation de la situation à Vittel. En 2022, voyant ses ventes s’effondrer de 40 %, les supermarchés Lidl retirent de ses rayons les bouteilles de Vittel. C’est la descente aux enfers pour Nestlé qui abandonne dès lors l’essentiel de son marché d’exportation de la marque Vittel Bonne Source.

Dès novembre 2022, après une sécheresse estivale, Nestlé suspend les prélèvements de deux forages du gîte B. Au printemps 2023, après une sécheresse hivernale, deux autres prélèvements, cette fois-ci du gîte A, sont suspendus. En conséquence, Nestlé se voit obligé d’annoncer une réduction de 60 % de la production de sa marque HÉPAR. Dans le même temps, un nouveau plan social est décidé : 171 emplois sont supprimés.

Collectif eau 88 qui réunit quatre associations
Oiseaux Nature, Vosges Nature Environnement, Association de Sauvegarde des Vallées et de Prévention des Pollutions, UFC Que Choisir 88. Eau Éd. La relève de la Peste. 2025

Début 2022, la plainte pour prélèvements et traitements des eaux illégaux est rouverte à la demande du Procureur général de Nancy qui désavoue le procureur d’Épinal et le contraint à confier l’enquête préliminaire à la police de l’environnement, l’Office Français de la Biodiversité.

2023 l’association la Vigie de l’eau dispensée de peine

2024

La filiale du groupe suisse s’apprête à payer 2 millions d’euros après avoir conclu une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) avec le parquet d’Epinal, mardi 10 septembre 2024, pour éviter un procès. Cette décision donne suite à deux enquêtes préliminaires, l’une concernant des forages illégaux et l’autre pour tromperie.

Depuis 2007, la multinationale aurait pompé illégalement plus de 10 milliards de litres d’eau.

2025

« Au moment de son audition par la commission d’enquête sénatoriale sur les traitements illégaux des eaux minérales, Bernard Schmitt, militant local de la cause environnementale, a expliqué avoir été intimidé par un agent des renseignements territoriaux. » Adrian Guigue</cite, * Vosges Matin - 28 févr. 2025